Constater les effets de l'exploitation minière au Pérou

11 octobre 2012
par 
Mary Durran, Chargée de programmes Amérique latine

La route de Lima à Huancayo, dans les montagnes centrales du Pérou, est une route poussiéreuse et striée de graffitis qui monte, d'abord doucement, hors de la ville de Lima grise et brumeuse. La route est flanquée de quartiers pauvres, où les maisons aux couleurs pastelles sont délabrées, dangereusement perchées à flanc de montagne, faisant face à une autoroute à quatre voies.
À quelques heures de Lima, le paysage devient plus vert. Il y a des "éco-hôtels" et des zones récréatives familiales le long de la route, et pour la première fois en quatre jours au Pérou, je vois le soleil sortir des nuages. Des hommes lavent des voitures sur le bord de la route, les enfants jouent et une abondance de chiens maigrichons trottent à la recherche de nourriture.

Plus nous montons, plus la végétation change, faisant place à une sorte de toundra. Les tunnels sont creusés à même la montagne et les virages en tête d’épingle augmentent considérablement. En poursuivant notre route dans les montagnes centrales du Pérou, l’activité des compagnies minières est de plus en plus visible. Des pancartes de mines péruviennes, financées par de petites quantités de capitaux du Panama ou du Brésil, bordent la route, et les terrasses construites par les mines deviennent visibles. Et plus nous avançons, plus la pollution devient évidente. Les lacs, qui autrefois étaient d’un bleu immaculé et approvisionnaient les communautés en eau potable, ont rétréci et sont d’une sinistre couleur gris-noir polluée. Des nuages de poussière produits par l’activité minière tourbillonnent dans les airs.

L’autobus descend environ 500 ou 600 mètres vers la ville de La Oroya, l'une des plus polluées du monde. Ici, la société américaine Doe Run a sa fonderie polymétallique, dont les émissions crasses ont littéralement empoisonné le sang de ses habitants. L’archevêque local Pedro Barreto Jimeno, qui travaille avec notre partenaire CEAS, en a fait une de ses priorités de lutter pour les droits de la population locale de vivre dans un environnement plus propre. Il a récemment témoigné devant le Congrès américain pour freiner Doe Run qui tente de relancer ses opérations, qui ont été suspendues en raison de préoccupations locales par rapport à la pollution.

Depuis, Mgr Barreto a reçu une série de menaces de mort anonymes de plus en plus agressives. Doe Run et ses employés ont dit clairement que ceux qui remettent en question leurs opérations ne sont pas les bienvenus à La Oroya: « Non aux ONGs anti-mines: Sortez de La Oroya », « Doe Run n'a pas contaminé la rivière Mantaro » et «Nous voulons du travail » sont quelques-uns des slogans grossièrement peints sur les murs de la fonderie.

Mais pour les habitants de La Oroya, qui s'interrogent sur les effets sanitaires à long terme des concentrations de plomb, d'arsenic et de cadmium dans le sang, l’archevêque Barreto est un homme courageux. Mgr Barreto sera désormais en mesure d'élever la voix au nom de cette population à Rome, puisqu’il vient d'être nommé par le Vatican à la Commission pontificale Justice et Paix.