COP20: Évêques et diplomates dialoguent sur les changements climatiques

Dans Advocacy
10 décembre 2014
par 
Mary Durran, chargée de programmes - Amérique latine

La fonte des glaciers, l’érosion des déserts et la disparition des forêts, lignes de front de la lutte internationale contre le changement climatique, semblaient à des millions de kilomètres. La salle de réunion d’une école catholique entourée de jardins bien entretenus, dans une banlieue bourgeoise de Lima, est le théâtre d’un Dialogue de haut niveau entre la Conférence des évêques du Pérou, des évêques de France, du Brésil, du Bangladesh et d’Afrique du Sud et les délégués de certains pays du Sud assistant aux discussions sur le climat de l’ONU qui se déroulent actuellement à Lima. La conférence est connue par son acronyme, COP20, qui signifie la 20e réunion de la Conférence des parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC).

En présence de diplomates de France, d’Allemagne, du Royaume-Uni et du Chili (aucun représentant canadien n’y a assisté) et de Manuel Pulgar Vidal, le ministre de l’Environnement du Pérou, une Philippine présente dans l’auditoire a exprimé son angoisse au sujet du typhon Hagupit qui déchaînera prochainement sa furie sur les Philippines. C’est le deuxième typhon majeur à frapper le pays en 13 mois à peine.

« À chaque COP, un nouveau typhon menace les Philippines, a-t-elle déclaré au Dialogue. Les dirigeants mondiaux réunis à Paris doivent parvenir à un accord, sinon nous périrons tous. »

Par coïncidence, c’était lors de la dernière conférence de la COP en Pologne en 2013 que le typhon Haiyan, ou Yolanda, a frappé l’archipel des Philippines, et le délégué des Philippines, Yeb Sano, avait alors amorcé une grève de la faim pour exercer des pressions sur les leaders mondiaux afin que ces derniers prennent des engagements juridiquement contraignants pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Notre partenaire CEAS, la Commission de l’action sociale des évêques, travaille à la base avec les victimes du réchauffement climatique et se trouve sur la ligne de front de cette bataille, de concert avec les communautés affectées par la fonte progressive des glaciers dans les hauts plateaux de la sierra péruvienne et par la déforestation progressive de l’Amazonie.

Dans ses remarques d’ouverture, Pedro Ricardo Barreto de Huancayo, dans la sierra du Pérou central, a souligné que son pays a une faible empreinte carbone globale, mais que le Pérou est très vulnérable au changement climatique et souffre de manière disproportionnée des ravages déjà observés.

Mgr Anton Sithembele Sipuka d’Afrique du Sud, représentant les conférences épiscopales de l’Afrique du Sud et de Madagascar, a avisé les délégations gouvernementales que la lutte contre la pauvreté et le changement climatique vont de pair.

« Les pauvres polluent parce qu’ils vivent dans des conditions exiguës et ils surutilisent les ressources, parce qu’ils en ont besoin pour survivre. Nous ne pouvons pas lutter contre le changement climatique sans nous attaquer à la pauvreté. »

Mgr Zanoni Castro de Feira de Santana, à Bahia, au Brésil, a déclaré que les productions agricoles industrielles à grande échelle comme le soja tarissent présentement les nappes aquifères dans sa région et provoquent des sécheresses.

« Nous avons besoin de respecter davantage la sagesse écologique traditionnelle des communautés autochtones et les projets agricoles à petite échelle, plutôt que l’agro-industrie. »

« Les données scientifiques sont claires – l’humanité est responsable du changement climatique », a déclaré Ottmar Edenofer, un scientifique du Groupe international sur les changements climatiques qui avait déjà présenté une séance d’information technique aux évêques un peu plus tôt. Il estime que l’Église catholique, en tant que citoyenne du monde, est très bien placée pour inciter les politiciens à prendre des mesures pour réduire les émissions de gaz à effet de serre avant qu’il ne soit trop tard.

« Nous ne vivons pas à une époque tragique, mais à une époque dramatique qui nécessite une décision, de la foi et des mesures audacieuses », a déclaré Ottmar Edenofer.

Mgr Salvador Pineiro, président de la Conférence épiscopale, a déclaré aux délégués : « Il nous faut un accord contraignant pour tous les États. Ce n’est pas seulement un problème écologique, c’est un problème moral. »

Les évêques ont réitéré les appels de Caritas Internationalis et de la CIDSE pour un engagement mondial à maintenir l’augmentation de la température sous les 1.5 °C et à accorder des investissements internationaux suffisants au Fonds vert pour le climat. Ce fonds financera des projets pour permettre aux communautés pauvres de s’adapter au changement climatique inévitable dont elles ressentent déjà les effets. Il est à espérer qu’un tel accord surviendra à la prochaine réunion de la COP qui se tiendra à Paris en décembre 2015. Les pourparlers de Lima ont pour but de préparer le terrain pour cette rencontre. Vous pouvez lire leur déclaration ici (en anglais seulement).

Mots clés: