Crise syrienne: l’éducation est source d’espoir pour les personnes réfugiées

Dans Urgences
2 décembre 2013
par 
Guy Des Aulniers, chargé de programmes pour la Syrie

Laith Eskandar boit son café. Moi aussi. Nous en avons bien besoin ! Il doit faire 10 degrés dans cette cour d’école d’Amman. Toutefois, cela n’empêche pas 200 jeunes adultes d’attendre que les cours du soir débutent. Ils sont Syriens, mais aussi Irakiens, Soudanais, Somaliens, Sri-Lankais, Indonésiens ou d’autres nationalités. Ils viennent ici pour suivre des cours d’anglais ou d’informatique. Les enseignants sont à peu près tous originaires des mêmes pays, mais il y a également des volontaires anglais et américains.

Le Service jésuite aux réfugiés (JRS), que Développement et Paix appuie dans sa réponse à la crise en Syrie, a établi un partenariat avec cette école afin d’offrir un enseignement aux personnes réfugiées. L’école dispense également des cours réguliers à des élèves jordaniens, du primaire et du secondaire, vivant dans le quartier d’Ashrafiyeh. Ainsi, elle accueille tôt le matin les enfants de la prématernelle, puis en fin d’après-midi les élèves du primaire et du secondaire et enfin, en soirée, les adultes. Il existe même un programme d’études supérieures qui permet aux personnes réfugiées de terminer leurs études universitaires – bien que ces diplômes ne soient actuellement pas reconnus. Au total, ce sont 130 enfants et 700 adultes que JRS parvient à soutenir.

Laith, avec qui je bois mon café, coordonne les visites à domicile. « C’est grâce au bouche-à-oreille que j’apprends l’arrivée d’une nouvelle famille. Lorsque je vais la rencontrer, j’écoute, j’observe et j’informe les membres de la famille des services offerts par différentes organisations. Il y a très souvent des problèmes de santé auxquels il faut faire face rapidement. Je signale aux parents l’existence de cette école, qui permettra à leurs enfants de s’instruire, mais aussi d’entrer en contact avec d’autres enfants. »

Laith est Irakien. Il est arrivé en Jordanie en 2003, au lendemain de la troisième guerre du Golfe. Il ne veut pas retourner dans son pays car l’insécurité y règne toujours. Il n’est toutefois pas éligible à l’obtention d’un permis de travail en Jordanie puisqu’il est toujours considéré comme personne réfugiée. Même s'il s’en sort relativement bien, beaucoup d’autres n’ont pas de travail ou sont obligés d’accepter des emplois précaires, peu rémunérés, dans le domaine de la construction ou du travail domestique. Le gouvernement tolère que les personnes réfugiées occupent un emploi, mais ces derniers n’ont aucune protection légale – ce qui peut donc conduire à de nombreux abus. La citoyenneté devient alors une question clé même si elle est difficile à aborder dans un contexte où le taux de chômage des Jordaniens âgés de 18 à 35 ans est estimé à 27 %.

Pour le moment, les relations entre les Jordaniens et les personnes réfugiées, qu’elles soient anciennement ou nouvellement arrivées, sont bonnes. Depuis les chauffeurs de taxi que j’ai rencontrés jusqu’aux fonctionnaires, tous estiment qu’il est important de les accueillir. Mais les autorités souhaitent réduire la pression qui s’exerce autour de la frontière avec la Syrie, où l’afflux de personnes réfugiées est plus important. Malgré la situation, tout le monde rigole, se tape dans le dos, se fait la bise. L’effervescence d’une cour d’école est universelle. Mais celle-ci, en cette froide soirée de novembre, est particulièrement touchante.

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