De l’eau, s’il-vous-plaît !

12 février 2012
par 
Guy Des Aulniers, chargé de programme pour les secours d'urgence

Après la sécheresse de 2011, Caritas Kenya a lancé un appel d’urgence pour 14 des 25 diocèses du pays. Au cours des quatre derniers jours, j’ai visité des projets dans trois de ces diocèses.

Partout, la situation apparaît désolante. La terre est d’une telle aridité. L’absence d’eau est frappante. C’est d’ailleurs la requête principale, voire unique, de la population. Dans le diocèse de Kitui, la situation atteint son comble. La région est déclarée « situation d’urgence » depuis… 1979 ! Sur la route, nous voyons des lits de rivières complètement secs dans lesquels on profite pour creuser des puits « ad hoc » car l’eau apparaît après quelques mètres de profondeur.

En compagnie de collègues de Caritas Kenya, nous avons rencontré Jacintha Kyoko (ci-contre), 48 ans, mère de deux enfants, Elizabeth Mutayi, 25 ans, mère d’un enfant et James Mwalouko (ci-dessous), 38 ans, père de cinq enfants. Tous doivent parcourir 10 kilomètres pour aller chercher de l’eau. À bicyclette, avec deux contenants de 20 litres, l’opération prend un minimum de quatre heures – imaginez lorsque c’est un âne qui sert de véhicule ! Jacintha raconte en riant qu’elle se sent exaucée lorsqu’il n’y a pas d’école car elle peut envoyer les enfants faire le travail ! Elizabeth nous dit qu’elle préférerait ne pas recevoir de nourriture mais que l’argent serve à creuser des puits.

Dans ce contexte, il est triste de constater que le gouvernement kenyan n’a pas de plan à cet égard : pas d’évaluation des besoins, pas de plan d’implantation, etc. On semble improviser chaque fois. Le Kenya mise sur le libre marché pour faire croître l’économie tandis que les investissements ont lieu dans les grands centres urbains. Pourtant, 80 % de la population vit de l’agriculture ou de l’élevage et seulement 4 % du budget national y est consacré. Le manque d’eau entraîne alors la migration des éleveurs vers les champs des communautés qui pratiquent l’agriculture et… les conflits éclatent.

Les Caritas sont conscientes que les interventions doivent donc aussi contenir un aspect de plaidoyer auprès du gouvernement. Est-ce qu’elles saisiront l’occasion des élections présidentielles de décembre 2012 pour exiger des engagements des candidats ? L’évêque du diocèse de Machakos et président de Caritas Kenya, Mgr Martin Kivuva Musonde (ci-contre, avec moi), y compte bien.

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