Développement et Paix à la rencontre du pape François!

22 mai 2013
par 
Khoudia Ndiaye, agente de communications
Michael Casey, directeur général de DP et président Amérique du Nord de Caritas Internationalis, en compagnie du pape François et du cardinal Maradiaga, président de Caritas Internationalis. Photo : Caritas Internationalis

Le pape François a reçu lors d’une audience informelle, jeudi 16 mai, au Vatican, les dirigeants du réseau Caritas Internationalis.  À cette occasion, le pape a rappelé qu’ « une Église sans charité n’existe pas ». Le pape a également souligné la « double dimension » de l’action de Caritas : une dimension liée à l'action sociale et une dimension spirituelle, qui implique « le don de soi, le fait de sortir de soi-même et d'être au service continu de personnes vivant dans des situations extrêmes ». « La Caritas est la caresse de l'Église à son peuple ; la caresse de Mère l'Église à ses enfants ; la tendresse, la proximité. La recherche de la vérité et l'étude de la vérité catholique sont d'autres dimensions importantes de l'Église, à la charge des théologiens. Mais ensuite tout cela se transforme en catéchèses, en exégèse. La Caritas c'est l'amour au sein de Mère l'Église, qui se fait proche, caresse, aime ».

Le pape a également ajouté que la « Caritas n'agit pas uniquement en situation d’urgence comme une agence de premiers secours. Dans des situations de guerres ou en temps de crise, il est nécessaire de s'occuper des blessés, de soigner les malades... mais il y a aussi un besoin de les soutenir durablement, de s'occuper de leur développement ». Concernant le financement de l’action sociale de l’Église, le pape a déclaré que « si cela est trop coûteux... nous devrons alors vendre les églises pour nourrir les plus pauvres ».

« Les gouvernements se détournent progressivement du concept du développement humain intégral », a déclaré Michael Casey

Les représentants des 7 régions de Caritas Internationalis (Asie, Afrique, Europe, Amérique latine et Caraïbes, Moyen-Orient et Afrique du Nord, Amérique du Nord et Océanie) ont été invités à faire de courtes présentations sur leur travail et à partager leurs espoirs, leurs défis et leurs préoccupations. Michael Casey, directeur général de Développement et Paix et président de Caritas Internationalis pour l'Amérique du Nord a participé à la rencontre et a présenté l’Amérique du Nord comme étant la plus petite région avec seulement deux pays, le Canada et les États-Unis. « Bien que nos pays soient dotés d'importantes richesses, et que les fidèles catholiques expriment leur solidarité avec leurs frères et sœurs en soutenant notre travail, il y a néanmoins une inégalité croissante dans nos sociétés qui se manifeste par l'écart qui se creuse entre les riches et les pauvres. Les gouvernements de nos deux pays se détournent progressivement du concept du développement humain intégral pour mettre davantage l'accent sur le commerce et l'investissement. Dans ce contexte, nous croyons en notre rôle de porter la voix des plus pauvres et des opprimés afin que la promotion de la dignité humaine et les besoins des plus pauvres soient au centre des politiques d’aide internationale de nos gouvernements », a-t-il déclaré.

Un échange enrichissant avec les différents représentants de Caritas à travers le monde

Au cours de l’audience, le pape a procédé à un échange sous forme de questions-réponses avec les différents représentants de Caritas Internationalis. Mgr Francisco João Silota du Mozambique et président de Caritas Afrique a déclaré que le continent africain fait face à de nombreux problèmes, mais qu’il s’agit aussi d’une région pleine de joie.

Sr Léonie Dochamou du Bénin a demandé au pape des conseils sur la meilleure façon de servir les pauvres. Rappelant les travaux de Don Bosco, le pape Francois a répondu qu’il fallait commencer par donner aux enfants les outils nécessaires pour leur permetttre d’échapper à leur pauvreté.

Joseph Farah, président de Caritas Moyen-Orient et Afrique du Nord a abordé la question du conflit en Syrie, où des dizaines de milliers de personnes ont été tuées, des services de santé et d'éducation ont été détruits, la faim et les maladies se développent et où des centaines de milliers de personnes ont été forcées de quitter leurs maisons.

La Jordanie accueille des réfugiés syriens plus que tout autre pays. Houda Muasher de Caritas Jordanie a ainsi déclaré que la région trouvait auprès du pape François une source d’espoir.

Le président de Caritas Europe, Mgr Erny Gillen, a déclaré que l'Europe est confrontée à une crise économique ainsi qu’à une crise spirituelle et a demandé des conseils sur la façon de réagir face à cela. « L'homme subit les conséquences de son instabilité », a déclaré le pape. « L'humanité est en danger, la personne humaine, la chair du Christ », a-t-il dit, et « le travail de Caritas, par dessus tout, c'est d’en avoir conscience. »

Non à cette culture qui « jette tout ce qui ne sert pas »

Le pape a évoqué le fait qu'aujourd'hui le matérialisme nous a aveuglés sur la situation « des gens qui meurent encore de faim ». Au lieu de sauvegarder et de promouvoir la création d'une manière qui améliore et apporte le bonheur à l'humanité, le monde a mis en place une « culture de l'élimination », où tout ce qui est « inutile » est jeté à la poubelle. Ceux qui sont désignés comme inutiles incluant les plus pauvres, les enfants et les personnes âgées, sont mis de côté par « cette euthanasie cachée ».

Enfin, le pape a abordé l'angle de la spiritualité de la Caritas. « Parfois, notre sérieux, ‘dans notre pastorale’, nous amène à éliminer cet aspect de la maternité de l'Église. L'Église est mère, fondamentalement une mère. Et cette caractéristique de la tendresse est selon moi le noyau de la spiritualité de la Caritas : il faut que l'Église récupère la tendresse. L'Église a toujours connu des dérives, est devenue sectaire, a connu l'hérésie, lorsqu'elle est devenue trop sérieuse, c’est à dire lorsqu'elle a oublié la caresse et la tendresse. »