Distribution de vivres et spéculation

29 juillet 2012
par 
Guy Des Aulniers, chargé de programme pour les secours d'urgence

Guy Des Aulniers et Kelly Di Domenico, agente de communication, sont présentement au Niger, l’un des pays les plus sévèrement atteints par la crise alimentaire que connaît le Sahel en Afrique de l’Ouest. Trois journalistes de Salt and Light Television les accompagnent pour témoigner de ce qui se déroule dans la région et pour prendre connaissance des programmes de secours d’urgence que nous appuyons au pays, en collaboration avec la Banque de céréales vivrières du Canada (Canadian Food Grains Bank).

L’équipe est arrivée au Niger le 23 juillet et visitera plusieurs des projets humanitaires que met en œuvre notre partenaire local, CADEV (Caritas Niger), dans les camps de réfugiés, les sites de distribution alimentaire et de relance agricole. Ils rencontreront les bénéficiaires et leaders locaux et ils partageront leurs histoires avec nous, pour que nous puissions mieux comprendre l’ampleur de la présente crise et ce que nous pouvons faire pour y répondre. 

Nous sommes dans la commune de Sae Saboua, dans le diocèse de Maradi. 234 ménages, provenant de 4 villages, reçoivent aujourd’hui chacun 80 kilos de mil, 21 kilos de « niébé » (haricots secs) et 5 litres d’huile. Cette ration doit servir à nourrir une famille de 7 personnes pendant un mois. Ce sont principalement les femmes qui viennent car les hommes sont aux champs. C’est la saison des pluies actuellement, le mil est déjà de bonne taille et il faut désherber. Le mil a été planté aux premières pluies, en juin dans cette région. Il pourra être récolté à la fin septembre, si tout va bien : si les pluies ne créent pas d’inondations, si l’absence de pluie ne fait pas sécher les plants et si les chenilles ne viennent pas ravager les champs comme ce fut le cas l’année dernière.

Il ne pleut que trois mois par année au Niger, en général de juillet à septembre. Les paysans engrangent les récoltent et espèrent tenir toute l’année. Ils doivent quelques fois vendre une poule ou une chèvre pour acheter de la nourriture avant les récoltes car les réserves sont épuisées. C’est ce qu’ont appelle la période de soudure. Comme la sécheresse est chronique la « capacité de résilience » s’est réduite considérablement au fil des années. Après avoir vendu le bétail, plusieurs doivent maintenant « hypothéquer » leur future récolte. Ils achètent à crédit un sac de mil qui vaut à l’heure actuelle 30 000 FCFA (6 60$). Le problème c’est qu’il en vaudra 12 000 FCFA (2,50 24$) au moment de la récolte, ça en coûtera alors 2 sacs et demi au paysan pour rembourser un sac. C’est donc une période idéale pour les commerçants qui font de la spéculation. Des bénéficiaires nous ont dit d’ailleurs que ceux-ci se tenaient aux abords des lieux de distribution pour offrir de l’argent comptant en échange du mil reçu.

Mais comment vous expliquer l’accueil que nous avons reçu. Ma collègue Kelly et moi avons d’ailleurs recueilli des témoignages bouleversants. Je dirai seulement qu’en cette période du ramadan, nourrir les plus vulnérables leur donne la force de cultiver la terre - et d’espérer de bonnes récoltes. Nous savons que certaines de ces rations seront partagées avec les voisins et nous y voyons là l’expression d’une solidarité essentielle pour survivre.