Dix ans après le tsunami

Dans Urgences
26 décembre 2014
par 
Jess Agustin, chargé de programmes - Philippines

 
Dix ans après le tsunami du 26 décembre 2004, les partenaires de Développement et Paix à Aceh, en Indonésie, ont eu l’occasion de revenir en arrière et de réfléchir aux nombreuses réalisations remarquables et inspirantes de la période de reconstruction qui a suivi la catastrophe.

Cette réflexion fait l’objet d’un nouvel ouvrage intitulé « Behind the Rosy Pictures » lancé le 30 novembre 2014 à Aceh, lors d’une assemblée de solidarité réunissant tous les partenaires qui ont participé au programme de reconstruction post-tsunami de Développement et Paix.

La participation de Développement et Paix à la reconstruction suivant le tsunami à Aceh est l’une des heures de gloire de l’histoire de l’organisation. Le programme du tsunami, qui comprenait des projets en Indonésie, au Sri Lanka et en Inde, constitue, et de loin, le plus vaste programme de secours humanitaire, de redressement et de reconstruction jamais mis en œuvre par Développement et Paix.

Ce livre est le fruit d’un exercice d’un mois visant à systématiser les expériences des partenaires dans ce programme de reconstruction animé par la population.


Surmonter des circonstances difficiles

Avant que la gigantesque vague engloutisse Banda Aceh, un conflit social armé battait son plein dans la région. C’était une région isolée et négligée, où la société civile était pratiquement inexistante.

Au lendemain du tsunami, de nombreux partenaires de Développement et Paix en Indonésie se sont rapidement installés à Aceh pour participer à l’intervention, mais il était extrêmement difficile de travailler dans un tel contexte. Les demandes étaient énormes, et en raison de l’ampleur de la destruction et de la perte de vies, de nombreux organismes d’aide humanitaire sont arrivés sur le terrain avec des quantités massives de fonds, et ont commencé à mettre en œuvre des interventions à court terme et démesurées.

Malgré tout, les partenaires de Développement et Paix ont été en mesure de livrer des résultats impressionnants, et ceux-ci ont été atteints à temps et en respectant le budget fixé. Ce succès reconnu au niveau international peut être attribué aux relations de confiance établies de longue date entre Développement et Paix et ses partenaires, ainsi qu’à l’engagement profond et la capacité démontrée de ces partenaires locaux dans leurs initiatives de reconstruction.

En collaboration avec ces partenaires, Développement et Paix a dispensé des secours d’urgence, terminé la construction de 3 500 maisons permanentes et des infrastructures connexes, et aidé à mettre en place 26 organismes communautaires.

En 2008, Développement et Paix a commandé une évaluation externe de son programme, dont voici quelques conclusions :

« Développement et Paix a conféré de la valeur aux partenaires du Sud engagés dans sa reconstruction post-tsunami en termes de soutien financier et d’adossement technique et administratif… »

« Les partenaires du tsunami ont exprimé leur gratitude envers Développement et Paix en tant que bailleur de fonds respectueux, éclairé et flexible dans les situations d’urgence et de reconstruction. Si Développement et Paix a apporté une valeur ajoutée à la reconstruction d’urgence à ses partenaires du projet tsunami, cette valeur ne peut pas rivaliser avec la valeur ajoutée que Développement et Paix apporte à ses partenaires grâce à ses partenariats de développement à long terme. »

« Développement et Paix s’est efforcé d’injecter des aspects de son modèle de partenariat à long terme, favorable aux pauvres, dans ses activités de secours d’urgence. Ce faisant, il a tenté de concilier les secours d’urgence et le développement à long terme et de combler l’écart entre les deux. Dans son intervention en réponse aux tsunamis, ces efforts sont les plus évidents dans le ciblage des populations les plus pauvres et les plus marginalisées pour la reconstruction; l’approche participative à la reconstruction a abouti à la création d’associations de personnes qui ont mobilisé les communautés et plaidé pour les droits fonciers des victimes du tsunami; et dans le soutien fourni au renforcement organisationnel de la nouvelle société civile à Aceh. »

La transition de la programmation d’urgence et de reconstruction à celle du développement à long terme a été ardue pour la plupart des partenaires concernés. Beaucoup d’entre eux ont passé en revue leur mission, leurs objectifs, leurs capacités et leurs ressources dans le nouveau contexte de l’après-tsunami. Tout cela a également eu des répercussions. Après deux années intenses d’activités d’urgence et de reconstruction, les programmes de développement de certains de ces partenaires dans d’autres parties de l’Indonésie ont souffert. D’autres ont connu de graves crises institutionnelles; de nombreux membres du personnel ont souffert d’épuisement, et un certain nombre d’organisations à l’intérieur et à l’extérieur d’Aceh se sont tout simplement dissoutes.

Développement et Paix a continué à prêter son soutien à des partenaires à Aceh (et dans le reste de l’Indonésie) pour les accompagner dans cette transition difficile. C’était l’une des rares organisations internationales qui se sont engagées à le faire, car de nombreuses organisations humanitaires ont rapidement quitté Aceh.

Au cours des cinq dernières années, le programme de Développement et Paix à Aceh a été entièrement consacré au renforcement des organisations de la société civile nouvellement établies et renouvelées là-bas, qui faisaient face à des enjeux sociaux encore plus complexes, délicats et vastes (par exemple, la charia, la corruption et les inégalités).


Comment discerner les leçons apprises

Ces partenaires ont réalisé qu’une évaluation traditionnelle ne rendrait pas justice à la richesse des expériences acquises et ne refléterait pas pleinement les apprentissages essentiels de cette période. Cette prise de conscience est survenue lors de la présentation de l’approche « Systématisation de l’expérience » à ces partenaires au cours d’une formation régionale de Développement et Paix animée par Óscar Jara Holliday, un éducateur populaire et sociologue péruvien du Costa Rica, dont l’organisation, Alfoja, est un partenaire de Développement et Paix depuis plus de 20 ans.

Bien plus qu’un autre outil technique, cette approche est devenue un processus participatif dynamique que les partenaires utilisent pour la réflexion critique entre eux — faisant participer tous les membres de leur organisation, des chauffeurs aux administrateurs — sur leurs pratiques réelles afin d’en tirer de précieux enseignements. Marsen Sinaga, le responsable de l’appui sur place de Développement et Paix, est devenu un pionnier dans la promotion et la pratique de ce modèle exercice en Indonésie.

Cette approche a permis aux partenaires de Développement et Paix d’approfondir leur compréhension de leurs expériences et d’ajuster leurs plans de travail en conséquence. Ils ont pu échanger et partager leurs apprentissages et les appliquer à des expériences similaires. Ils ont réussi à influencer les politiques en se basant sur de solides enseignements tirés d’expériences vécues d’exploitation et de résistance.

Le livre qui en résultera enrichira l’ensemble des connaissances sur les mouvements sociaux à travers le monde, et sera une ressource précieuse pour d’autres organisations dans la province d’Aceh, dans le reste de l’Indonésie et dans la communauté internationale.

En cette commémoration du 10e anniversaire de la tragédie du tsunami, Développement et Paix tient à exprimer sa solidarité et un sincère « Terimakasih » (merci) à tous ses partenaires en Indonésie avec qui nous avons collaboré pour répondre à cette crise humanitaire sans précédent. Ils ont contribué à la reconstruction de communautés résilientes et de personnes émancipées, organisées et bien déterminées à poursuivre leur travail pour la justice, la paix durable et le changement social.

Version adaptée de la préface du livre « Behind the Rosy Pictures ».