Elle arrive tard et part tôt

3 juillet 2015
par 
Luke Stocking, animateur régional pour l'Ontario

Plusieurs membres de Développement et Paix sont actuellement en tournée de solidarité en Éthiopie pour rendre visite à des organisations locales appuyées par l’organisation. Au cours des prochains jours, ils rédigeront des billets de blogues au sujet de leurs visites et de leurs diverses expériences.

La musique traditionnelle éthiopienne bat son plein et je dois m’approcher pour entendre ce que dit Tamiru. Tamiru est un Oromo, le plus grand groupe ethnique du pays. Je le sais car il nous explique que les danseurs sur scène portent le costume traditionnel de sa communauté. Il y a 40 millions d’Oromos sur une population totale de 90 millions de personnes en Éthiopie. Nous sommes au restaurant Habesha2000 et savourons un délicieux repas éthiopien en compagnie de musiciens et danseurs. En plus des Oromos, plus de 80 autres tribus composent l’Éthiopie. Tamiru travaille aux communications pour le bureau partagé avec CST, un de nos partenaires dans le pays. Je saisis ses mots : « elle arrive tard et part tôt. » Il parle de la saison des pluies. L’Éthiopie se trouve dans une région de l’Afrique propice à des cycles de sécheresse. Ces cycles sont de plus en plus fréquents et de moins en moins prévisibles. C’est une des principales raisons pour lesquelles Développement et Paix travaille ici,  pour améliorer les moyens de subsistance et la résilience des populations vulnérables. Tamiru poursuit : « hier je parlais à un prêtre venu du nord qui m’a dit qu’ils n’ont toujours pas eu de pluie. » Il a plu toute la journée à Addis-Abeba.

En plus de digérer les mets délicieux, nous assimilons également de grandes quantités de connaissances qui ont été partagées avec nous aujourd’hui par deux de nos trois principaux partenaires. Deux choses m’ont frappé que je voudrais ici partager.

Tout d’abord, la matinée a commencé au bureau de CST, à cinq minutes à pied de notre hôtel, où on nous a expliqué le contexte de leur intervention. L’Éthiopie est connue comme étant le « château d’eau » de l’Afrique. Des fleuves et des rivières (y compris le Nil) sillonnent le pays. Cependant, la diversité géographique signifie que l’eau est plus facile à obtenir dans certains endroits que d’autres. Il semble étrange de parler de sécheresse et du manque d’accès à l’eau alors qu’il y a une pluie abondante dehors. Pourtant, la résistance à la sécheresse est la clé du développement ici, d’autant plus que sa fréquence augmente. On nous dit que les changements climatiques sont le moteur du phénomène de l’arrivée tardive et du départ rapide de la pluie et on nous présente des études sur la question. Les mots du pape François nous viennent à l’esprit, que les personnes les plus pauvres qui n’ont pas créé la crise écologique, sont les premiers à en souffrir.

Durant la pause, tout le personnel de bureau entre avec un gâteau, du café et des boissons pour célébrer notre arrivée et le retour de Patricia Wall, leur responsable qui était en déplacement depuis un certain temps. Il y avait deux gâteaux, dont un « gâteau de jeûne ». Le gâteau de jeûne ne contient pas de produits d’origine animale dont on s’abstient durant les périodes de jeûne en Éthiopie. Et il y a beaucoup de jeûnes en Éthiopie, chez les chrétiens orthodoxes dominants ainsi que chez les catholiques et les musulmans. « Au total, il y a plus de 200 jours de jeûne », me dit un des membres du personnel entre deux bouchées de gâteau.

La deuxième chose qui m’a sauté aux yeux alors que nous allions rendre visite au Secrétariat catholique éthiopien (ECS), un autre de nos partenaires, fut un parcours cahoteux en fourgonnette à travers les quartiers pauvres de la ville. Certains membres de notre groupe, témoins pour la première fois de ce genre de pauvreté urbaine que l’on observe souvent dans les pays du Sud, ont été déstabilisés par l’expérience. ECS est situé juste à côté de la cathédrale St. Mary, que nous avons visitée après notre rencontre. Le cardinal nouvellement consacré Berhaneyesus Demerew Souraphiel s’est joint à nous pour le dîner et nous a chaleureusement accueillis dans son archidiocèse. Les catholiques en Éthiopie représentent environ 1 pour cent de la population et se répartissent entre les rites latin et oriental. Pourtant, même si elle représente un petit pourcentage de la population, on nous dit que l’Église catholique est le deuxième fournisseur de soins de santé et d’éducation en Éthiopie, après le gouvernement. Dans la présentation de leur travail, nous apprenons toutes sortes d’acronymes comme PTN (pratiques traditionnelles néfastes) ou PSE (protection des sols et de l’eau). Voici ce que j’ai trouvé digne d’intérêt : 25 pour cent de la perte de récolte survient après la récolte! C’est pourquoi ECS met autant d’accent sur la manutention et le traitement des récoltes que sur leur culture.

« Plus on en apprend, plus on se rend compte de tout ce qu’on ne sait pas », a commenté un membre de notre groupe. C’est vrai. Aujourd’hui, nous avons mis l’accent sur l’apprentissage. Demain, nous allons commencer notre séjour sur le terrain pour voir de nos propres yeux ce dont nous avons entendu parler aujourd’hui.

En réfléchissant à tout ce que nous avons appris aujourd’hui, je me rends compte maintenant du peu de choses que nous pourrons vraiment voir durant notre séjour de deux semaines ici. « Arrivée tardive et départ rapide. »  J’ai tout à coup l’impression que ces mots décrivent non seulement l’effet des changements climatiques sur la pluie, mais pourraient également s’appliquer à notre groupe.