En Haïti : l’univers complexe de la reconstruction

Dans Urgences
10 janvier 2014
par 
Gilio Brunelli, Directeur Service des programmes internationaux

Nul besoin d’être en Haïti pour se rendre compte de l'univers complexe et bigarré de la reconstruction de ce pays et pour s’apercevoir de la variété des initiatives qui y déferlent. À l'aéroport de Miami, où j’attends mon vol pour Port-au-Prince, je remarque un groupe de femmes et d'hommes habillés en « volontaires ». Est inscrit en rouge et en caractères gras sur leurs chandails « Action bénévole pour les enfants haïtiens ». Eux, c'est clair, s'en vont en Haïti pour les enfants. J’observe par la suite, un couple âgé d’une cinquantaine d’années et muni d'une guitare. Comme on ne vit pas seulement de pain, nous enseigne l'Évangile, ils s'en vont en Haïti pour chanter. Ils veulent aider les Haïtiennes et les Haïtiens autrement que par une contribution matérielle. Lui joue, elle chante. Ils ne savent pas trop bien pour qui ou avec qui mais, à la veille de ce quatrième anniversaire, c'est leur manière « de contribuer au soulagement de la peine de ce peuple » me confient-ils.

Assis dans mon siège du Boeing 757, qui a finalement décollé, je découvre que mon compagnon de route s'en va lui aussi « aider » le peuple d’Haïti. Depuis le séisme, un petit groupe d’Haïtiennes et d’Haïtiens établis aux États-Unis s’est donné comme mission de venir en aide aux orphelins de la banlieue ouest de la capitale. Depuis quatre ans, une soixantaine d’orphelins sont logés, nourris, vont à l’école et sont suivis psychologiquement par leurs compatriotes vivant entre Miami et Chicago. En discutant avec mon voisin de siège de son projet, je lui demande les questions suivantes : Combien d'orphelins y a-t-il à Port-au-Prince? Combien en Haïti? Où sont leurs parents? Pourquoi en Haïti, le terme « orphelin » signifie à la fois un enfant qui a perdu ses parents mais aussi un enfant dont les parents ne veulent ou ne peuvent pas s'en occuper? Finalement, on dirait que tout le monde veut aider les « orphelins » d'Haïti. Mais pourquoi ont-ils besoin d'aide? Qui devrait s'en occuper? Quelles sont les institutions, les programmes sociaux, les leaders nationaux qui les prennent en considération, sinon en charge? Combien de temps faudra-t-il encore attendre pour que tous les enfants orphelins, abandonnés, largués, restavek ou abusés puissent tout simplement vivre et non plus survivre ? Mon compagnon de voyage me confie n'avoir jamais pensé à tout cela. C’est son bon cœur qui l’a poussé à agir mais il comprenait qu’une action plus intelligente et mieux structurée était nécessaire.

À mon arrivée à Port-au-Prince, je croise, au contrôle des passeports, un petit contingent de militaires qui arrivent sur un vol direct de Montréal. Eux aussi viennent aider les Haïtiens. Mais alors que fait Développement et Paix en plus ? Que faisons-nous ? Qui nous donne le droit ou le devoir de rester? Notre action tente d’aller un peu plus en profondeur que celles de ces différents intervenants qui, de bon cœur sans doute, apportent des contributions qui ne sont pas des solutions durables. Finalement, Développement et Paix a encore de bonnes raisons de travailler avec ses partenaires en Haïti. Nous pouvons appuyer les Haïtiennes et les Haïtiens qui aident leurs enfants, relèvent de nombreux défis et s'éreintent pour construire et mettre en œuvre des solutions durables.

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