Faire fructifier la terre

6 août 2012
par 
Kelly Di Domenico, agente de communications

Kelly Di Domenico et Guy Des Aulniers, chargé de programmes aux secours d’urgence, étaient au Niger, l’un des pays les plus sévèrement atteints par la crise alimentaire que connaît le Sahel en Afrique de l’Ouest. Trois journalistes de Salt and Light Television les accompagnaient pour témoigner de ce qui se déroule dans la région et pour prendre connaissance des programmes de secours d’urgence que nous appuyons au pays, en collaboration avec la Banque de céréales vivrières du Canada (Canadian Food Grains Bank).

L’équipe est arrivée au Niger le 23 juillet et a visité plusieurs des projets humanitaires que met en œuvre notre partenaire local, CADEV (Caritas Niger), dans les camps de réfugiés, les sites de distribution alimentaire et de relance agricole. Ils ont rencontré les bénéficiaires et leaders locaux et ils partagent leurs histoires avec nous, pour que nous puissions mieux comprendre l’ampleur de la présente crise et ce que nous pouvons faire pour y répondre.

Au Niger, où 80 % de la population dépend de l'agriculture de subsistance pour sa survie, faire fructifier la terre est essentiel. Les étendues de terre rocheuse et durcie, stagnant sans utilité, apparaissent comme un énorme gaspillage, surtout à un moment où il n'y a pas assez d’aliments pour nourrir la population.

Caritas Niger aide les collectivités à innover afin que la plus grande étendue possible de leurs terres puisse porter fruit. Elle a organisé des projets de travail contre rémunération dans plusieurs collectivités locales, où les hommes ont été embauchés pour creuser des formes en demi-lune dans le sol qui est stérile. Le sol est incrusté d'argile ce qui signifie qu'il ne peut pas absorber d'eau et rien ne peut y pousser. Les demi-lunes, cependant, changent cette situation. Non seulement la croûte d'argile est enlevée pour révéler un sol qui peut être rendu fertile, mais la forme a également l'avantage de capter l'eau. Les demi-lunes ont environ un pied de profondeur afin de retenir l'eau de pluie. Ceci fournit suffisamment d'eau pour faire pousser les cultures telles que le sorgho, les haricots et les arachides. Il y a assez d'espace dans chaque lit en demi-lune pour 16 plants de sorgho et les lits sont creusés de façon stratégique pour correspondre à l'angle avec lequel l'eau de pluie s'écoule, afin de s'assurer que la quantité maximale d'eau soit captée. De l’engrais est également ajouté pour enrichir le sol et améliorer la qualité des cultures.

Pour Ousmane Danladi, ce projet de travail contre rémunération est arrivé à un moment où il sentait qu’il était à court d'options pour nourrir ses huit enfants. Après une tentative de travail au Nigeria voisin, il est revenu à son village avec peu de résultats pour les six mois où il était parti. Il dit que ce qu'il gagnait à pelleter du sable dans des camions était à peine suffisant pour payer son voyage de retour au village. Le programme de travail contre rémunération l'a cependant aidé à se remettre sur pied. Il a travaillé pendant 20 jours, construisant trois demi-lunes par jour, ce qui lui a donné un revenu pour acheter des aliments pour sa famille. Dans son village de Kondala, 144 hommes ont participé au projet qui a aidé à la revitalisation de cinq hectares de terres, tout en offrant de la nourriture à certaines des familles les plus vulnérables en attendant la prochaine récolte.

Il y a maintenant de beaux plants de sorgho poussant dans les demi-lunes et des arachides rampent le long des crêtes épaisses qui délimitent les lits. Ousmane dit que le projet l’a même inspiré à commencer à retravailler son propre lopin de terre, qu’il avait abandonné parce qu'il ne produisait pas de bonnes récoltes. Maintenant, il espère que la prochaine récolte sera suffisante pour nourrir sa famille pour l'année à venir.