Honduras: Développement et Paix appuie les femmes de la vallée de Siria à l’occasion de la Journée internationale des femmes

8 mars 2013
par 
Mary Durran, chargée de programmes pour l'Amérique latine
Les femmes de la vallée Siria ont une forte présence de métaux lourds dans le sang

Il y a maintenant deux ans que les gestionnaires de la mine d’or à ciel ouvert San Martin, propriété de la société Goldcorp, ont fait leurs valises et quitté la vallée de Siria, au Honduras. Avant de partir, ils ont diffusé des centaines d’heures de publicité pour convaincre la population du peu de dommage causé par la mine au milieu environnant. Pour en faire la preuve, ils ont érigé un hôtel d’écotourisme sur le site minier, ont élevé du bétail et des volailles et ont planté des eucalyptus partout – sans se soucier, toutefois, de la justesse de planter des arbres qui boivent abondamment dans un endroit où les réserves d’eau s’amenuisent…

Malgré tout, il y a quelque chose d’étrange dans la vallée. Le processus de lixiviation en tas, à base de cyanure, a produit des sulfures qui, en dévalant la montagne, ont créé des rigoles jonchées de végétation brunie, desséchée et racornie. Pendant ce temps, en l’absence d’activité minière, l’autre côté de la route offre un panorama verdoyant où la flore abonde. De plus, lors de pluies torrentielles, une étrange odeur de soufre se répand.

Ces jours-ci, Ana Zuniga se fait beaucoup de mauvais sang – au sens propre. Ana fait partie d’un groupe de 40 personnes dont le sang a été testé afin d’y détecter la présence de métaux. Les tests ont été réalisés par le gouvernement du Honduras, en collaboration avec Caritas Teguicalpa, un partenaire de Développement et Paix. Curieusement, depuis plusieurs années, Ana se plaint de taches sur la peau, de maux de tête chroniques et de pertes de mémoire.

Les résidents d’El Porvenir et d’El Pedernal ne s’attendent plus à être traités en véritables citoyens par leur gouvernement. Cependant, l’injustice créée par l’arrivée d’une société minière sur leurs terres, un événement passé sous silence par le gouvernement, semble avoir sorti ces gens de la torpeur dans laquelle les élus avaient plongé l’ensemble du Honduras rural.

En effet, en octobre 2007, Caritas Tegucigalpa a réussi à obtenir la collaboration du ministère de la Santé du Honduras et de l’agence responsable de contrôler les polluants, en vue de prélever des échantillons sanguins auprès de 40 résidents des environs de la mine à ciel ouvert. Ces échantillons ont ensuite été analysés dans un laboratoire de Colombie afin de déterminer la présence de métaux lourds. Au moment où les résultats de l’analyse ont été livrés, une campagne battait son plein pour dénoncer la mine San Martin et ses effets négatifs sur la santé.

L’enveloppe contenant les résultats a été égarée au fond d’un tiroir quelque part dans la fonction publique, et personne n’est arrivé à convaincre le gouvernement de divulguer son contenu. Pourtant, la mèche a été éventée lors d’un remaniement ministériel, en février 2011, par un ministre estimant qu’il n’avait rien à perdre en rendant les résultats publics.

C’est ainsi qu’Ana et la majorité des participants à l’étude ont appris que le taux de mercure et d’arsenic dans leur sang était 700 fois plus élevé que les niveaux jugés acceptables. Le phénomène était plus marqué chez les femmes que les hommes, probablement car ces dernières ont des contacts plus fréquents avec l’eau en raison des tâches domestiques. Soulignons qu’à long terme, la forte présence de métaux lourds dans le sang peut causer des maladies neurologiques et certains cancers.

« Pourquoi le gouvernement a-t-il gardé les résultats secrets pendant quatre ans, par le fait même refusant aux personnes affectées l’occasion d’être traitées ? », demande Donald Hernandez, l’avocat du Centre hondurien pour la promotion du développement communautaire (CEHPRODEC). Par ailleurs, la plupart des gens concernés ne semblent pas très surpris par l’échec répété du gouvernement à leur témoigner le respect normalement dû aux citoyens.

Le CEHPRODEC a déposé un recours auprès du ministère de la Santé pour que de nouvelles analyses soient immédiatement effectuées, afin d’évaluer la concentration actuelle de métaux et de fournir les soins requis. Toutefois, l’organisation estime que la demande formulée par son avocat ne suffira pas, et qu’il faudra une mobilisation populaire et des manifestations pour exiger la justice. À la suite de l’adoption la semaine dernière d’une loi sur les mines permettant l’établissement de nouvelles exploitations dans la région, les femmes d’El Porvenir et d’El Pedernale promettent de rendre visite aux communautés ciblées pour les avertir du prix potentiel qu’elles auront à payer.

Les femmes de la vallée de Siria, au Honduras, ont également organisé une manifestation lors de la Journée internationale des femmes pour demander au gouvernement de leur fournir des soins médicaux et s'opposer à la nouvelle loi sur l’exploitation minière. À l’occasion de la Journée internationale des femmes, Développement et Paix et Mines Alertes leur ont envoyé une lettre d’appui en faveur de leur lutte pour la justice.