Irak : mêmes rêves, réalités différentes

Dans Urgences
31 août 2015
par 
Philippe Zarif, Soutien local, Moyen-Orient

Je suis récemment allé dans la région du Kurdistan irakien, afin de participer à une réunion de divers membres du réseau Caritas, dont Développement et Paix est membre, qui vient en aide aux Irakiennes et Irakiens déplacés par la violence causée par le groupe qui se fait appeler État islamique (EI). C’est là-bas que j’ai rencontré Soufian, un jeune Irakien de la communauté yézidie. Soufian m’a expliqué qu’il a fui avec toute sa tribu la ville de Sinjar, située dans le nord-ouest de l'Irak, proche de la frontière syrienne, après qu’elle ait été prise d’assaut par le groupe EI. Il vit maintenant dans le nord de l’Irak, près de Zakho, une ville située près de la frontière avec la Turquie.

Après avoir échangé quelques mots, il m’a demandé : « Monsieur  Philippe, saviez-vous que je prépare mon diplôme d’études secondaires scientifiques? » Pour une raison que j’ignore encore, cette phrase a eu l’effet d’une gifle. En effet, après avoir visité durant deux jours différents sites et eu des discussions autour du nombre de familles bénéficiaires d’une aide apportée par Caritas Irak, avec l’appui de Développement et Paix, sa question était un rappel de l’humanité de la situation. Les aspirations des jeunes irakiens sont très similaires aux nôtres. Le rêve de Soufian est simple et réaliste : il veut devenir ingénieur agricole. En ce moment, il vit dans le sous-sol d’un bâtiment inachevé avec à peine assez de ventilation et de lumière et pourtant il parvient quand même à étudier. Le mois prochain, il passera un examen important, qui déterminera s’il sera accepté à l’université. Mais il doit surtout trouver le financement nécessaire.

Dans un pays historiquement divisé selon des frontières ethniques et religieuses, c’est bien la souffrance qui unit tout le monde en ce moment. Yézidis, chrétiens, sunnites et Kurdes partagent tous la même lutte contre le groupe EI dont les crimes n’ont épargné aucune communauté. Plus de 2,5 millions de personnes se sont enfuies de chez elles. Les besoins sont énormes et beaucoup d’entre elles n’ont presque rien. Les familles ont besoin de l’essentiel, à savoir de la nourriture et d’un logement, mais aussi d’un soutien psychosocial, d’éducation et de travail. Nous avons visité de nombreux programmes soutenus par Développement et Paix, y compris la distribution de vivres et d’autres biens de premières nécessités, la construction d’abris, des espaces adaptés aux enfants et bien plus encore.

Il est réconfortant de voir la solidarité nationale et internationale qui prend forme car l’espoir est toujours là, et j’ai pu l’entrevoir. Alors que les communautés en Irak tendent traditionnellement à s’occuper uniquement de leurs membres, les programmes mis en place en collaboration avec divers pays poussent ces communautés à s’ouvrir, les incitants à adopter les normes humanitaires inclusives, qui intègrent toutes les personnes dans le besoin.

Il est clair que certaines choses transcendent les barrières culturelles : la compassion est un trait universel. En tant que Syrio-canadien travaillant au Moyen-Orient, je peux le constater de prime abord. Nous allons toutes et tous, main dans la main, continuer à œuvrer avec l’appui que nous pouvons donner pour apporter de l’espoir à une région déchirée par les guerres et la misère. Nous le ferons parce que ce n’est pas une question de nombre de personnes ou de voir la lumière au bout du tunnel mais parcequ’il s’agit d’aider Soufian et des milliers d’autres personnes, comme lui, à ne pas se sentir abandonnées et à aller au bout de leurs rêves.