La saine gouvernance est la clé de la lutte contre l’Ebola en Sierra Leone

Dans Urgences
14 janvier 2015
par 
Cynthia D'Cruz, Adjointe aux communications

La Sierra Leone présente actuellement la plus forte incidence du virus Ebola, avec plus de 7,786 personnes touchées et 2,696 décès confirmés (en date du 14 janvier 2015). Au-delà de la crise sanitaire immédiate, des préoccupations ont également été soulevées quant aux retombées socio-économiques à long terme de la maladie. Ces préoccupations sont : l’économie, le tissu social, la sécurité alimentaire et la production agricole (en raison de la perte de capital humain).

Bien que la communauté internationale cherche des moyens de fournir une aide humanitaire pour répondre à ces besoins immédiats, il faut aussi accorder plus d’attention et d’assistance à un problème beaucoup plus profond : le développement démocratique.

Développement et Paix travaille sur cet enjeu avec son partenaire de longue date en Sierra Leone, Network Movement for Justice and Development (NMJD). Selon Abu Brima, directeur général de NMJD, les obstacles liés au confinement et au traitement de l’épidémie d’Ebola sont dus, en grande partie, au fait que la démocratie n’est pas enracinée solidement dans le pays. Par conséquent, il y a eu un manque de priorisation du secteur de la santé et de l’éducation, ainsi qu’un décalage démocratique entre les citoyens et le gouvernement, qui contribuent tous à la propagation du virus Ebola.

Selon M. Brima, la construction d’une culture démocratique solide tout comme les infrastructures de développement des capacités humaines ou du capital humain n’ont reçu que peu d’attention ou de ressources après la guerre civile. Par exemple, les hôpitaux, les médecins et les professionnels de la santé sont rares dans le pays, et le matériel est inadéquat. En raison de l’accès limité aux soins de santé, des maladies évitables, comme le paludisme, la fièvre typhoïde et les carences alimentaires de base causent la mort de nombreuses personnes.

Par ailleurs, le manque de structures et d’établissements de santé signifie que lorsque les gens tombent malades, la famille doit s’occuper d’eux à la maison, ce qui les expose à leur tour à la possibilité de contacter la maladie. Comme les symptômes ressentis par les victimes d’Ebola ressemblent à ceux de la fièvre typhoïde, du choléra ou du paludisme, il est difficile pour les citoyens d’identifier la maladie, ou même de croire que cette maladie existe.

De plus, le manque de priorisation du secteur de l’éducation a laissé plus de 50 % d’illettrisme au sein de la population. M. Brima affirme que cela a également eu un impact sur la capacité de la population à faire face aux difficultés, à comprendre la complexité de la maladie et l’importance des mesures de confinement.

Bien que le gouvernement ait adopté d’autres règlements pour décourager les contacts comme moyens de contenir la maladie, ils se sont avérés inefficaces. Ceci est largement dû à l’absence de participation des citoyens dans l’élaboration de politiques, à la communication inefficace de ces règlements par le gouvernement aux citoyens de tout le pays, ainsi qu’au manque de sensibilisation et de compréhension de la maladie.

« Ils n’ont pas fait participer la population, alors les gens ont de la difficulté à respecter ces lois. Et certaines de ces lois n’ont pas été communiquées à toute la population, de sorte que certaines personnes ne sont pas au courant », poursuit M. Brima.

La contrainte qu’exerce le virus Ebola sur l’économie de la Sierra Leone a généré des craintes que le gouvernement de ce pays abandonne plus de terres arables aux projets agricoles et miniers afin de créer un environnement plus favorable aux investisseurs.

Selon M. Brima, cela ne ferait qu’aboutir à de nouvelles violations des droits de la personne. « Dans ce processus, les citoyens perdent leurs moyens de subsistance en perdant leurs terres et leurs droits sont bafoués. Très souvent, il faut les déplacer du lieu d’origine de ces projets. »

Afin de protéger les intérêts économiques, le gouvernement peut permettre aux entreprises de perpétrer impunément de tels abus et ne pas placer la défense des droits des citoyens par-dessus tout. « Nous aspirons à une société qui est juste et équitable et qui protège ses citoyens », déclare M. Brima. Il souligne que la création d’une société juste et équitable pourrait aisément faciliter un programme de développement durable pour ses citoyens.

Les activités du NMJD pour le développement de la démocratie dans le pays sont cruciales, en particulier à la lumière de la crise actuelle d’Ebola, car elles contribuent à la construction de la fondation d’une démocratie à long terme. L’appui de Développement et Paix à ce travail permet au NMJD de susciter la participation des gouvernements, des citoyens et de la société civile.

« La société civile doit organiser les communautés et les peuples autochtones. Elle doit les éduquer sur leurs droits, leurs responsabilités et les obligations de ces sociétés minières et des gouvernements et créer une occasion pour eux de regagner de la confiance, de s’affirmer, de se lever et de défendre leurs droits », estime M. Brima, tout en expliquant l’importance de leur travail.

Développement et Paix contribue à cette vision du développement durable et de la démocratie en soutenant financièrement des projets du NMJD, ainsi qu’en offrant et en exprimant sa solidarité avec eux. Développement et Paix a également aidé le NMJD au chapitre de la programmation.

Selon M. Brima, « Développement et Paix nous a toujours transmis de nombreux commentaires et questions et a critiqué notre travail. La critique était cependant constructive et avait pour but de nous aider dans nos activités. » Il précise que Développement et Paix contribue également à l’élaboration du contenu, permet le renforcement des capacités et appuie d’autres groupes de la société civile, qui travaillent en étroite collaboration avec le NMJD. Pour M. Brima, l’engagement à long terme de Développement et Paix envers le travail du NJMD est indispensable, et cette importance est mise en évidence lors de la crise actuelle de l’Ebola, alors que se font sentir les répercussions d’une faible gouvernance, et qu’il y a des risques de perdre des acquis. « Nous devons continuer à interpeller les dirigeants du pays afin qu’ils manifestent une culture du respect de la dignité humaine et fassent participer les citoyens dans les processus de développement. C’est un projet à long terme qui nécessite des réseaux de la société civile, des groupes, des coalitions et des citoyens engagés qui sont organisés, et l’appui de Développement et Paix nous permet de le faire. »