L’avenir de notre travail au Sud

17 avril 2012
par 
Gilio Brunelli, directeur du service des programmes internationaux

Au vu de toutes les discussions et articles qui circulent sur l’impact de la réduction de financement sur notre organisation, nous avons demandé à Gilio Brunelli, directeur du service des programmes internationaux de partager ses réflexions sur la décision de l’ACDI vis-à-vis Développement et Paix et de ce qu’il entrevoit pour l’avenir de notre travail au Sud. Voici ce qu’il avait à dire :

L’ACDI a donné sa réponse à notre demande de financement pour le plan 2011-2016. Le site Web de Développement et Paix en fait amplement état ; donc inutile de la répéter ici. Mais je veux quand même partager avec vous quelques considérations car elles me pèsent sur le cœur.

D’où vient ce programme 2011-2016 ?

Nous avons travaillé pendant quelques années à formuler et à raffiner une proposition de financement qui aurait permis à Développement et Paix de continuer à aider de manière intelligente et constructive des populations pauvres dans vingt pays du Sud pendant cinq ans grâce à des bons partenaires, compétents et engagés, que nous avons dans tous ces pays. J’ai beaucoup cru à notre plan 2011-2016 ; j’y crois encore car il était bâti sur les besoins des populations pauvres de ces pays. Et cela est crucial, essentiel.

Récemment, j’ai rencontré une journaliste qui travaille à un livre sur le programme de coopération internationale du Canada. Elle s’enquérait sur l’approche de Développement et Paix. Elle m’a demandé comment nous élaborons nos projets et programmes, comment nous concevons nos propositions à l’ACDI, et qui « dessine » nos programmes. Je lui ai dit que nous ne faisons pas cela ; que Développement et Paix n’a pas de programmes autres que ceux que les partenaires nous proposent pour aider les pauvres de leurs pays à se prendre en main et à s’organiser pour avoir une vie meilleure à tous les points de vue. Nous y mettons le jargon, nous ordonnons l’agencement des idées, nous les reformulons en termes de résultats, nous les « traduisons » en langage développementaliste, nous y mettons notre grain de sel aussi, mais, foncièrement, nos programmes sont « leurs » propositions, celles de nos partenaires.

Comment réagit-on à une telle nouvelle ?

Ce sont les besoins des pauvres et les possibles solutions qu’ils peuvent envisager qui sont au cœur de nos programmes. De là vient toute leur valeur et originalité. C’est pour cela que la réduction significative de la contribution de l’ACDI me fait mal. Ce n’est pas une réduction très significative aux projets ambitieux d’un groupe d’experts en développement basés à Montréal ; c’est une fin de non recevoir aux besoins concrets et quotidiens de millions de personnes que nos partenaires auraient pu aider à s’organiser et se prendre en main.

J’ai assez travaillé dans des pays du Sud et parcouru d’autres pour cerner les conséquences en cascade de notre impossibilité de continuer à financer un grand nombre de partenaires. Dans mes yeux passent des hommes et des femmes, des jeunes et des aînés, des gens de la ville et des gens de la campagne, que j’ai rencontrés au gré de mon travail aux quatre coins de la planète ; des gens pour qui notre appui, tout aussi modeste fût-il, faisait une différence, et j’éprouve une grande tristesse et une énorme amertume. C’est dur d’avaler une décision que foncièrement je ne comprends toujours pas, bien que mille et une explications puissent être invoquées, et qui a un si grand impact sur un nombre incroyable de personnes.

Quel avenir pour nos programmes internationaux ?

Nous allons continuer à travailler, bien sûr. Le découragement ne nous paralysera pas, la désillusion n’aura pas le dernier mot. Et nous allons continuer à travailler car, avec ou sans financement de l’ACDI, ou avec un financement énormément réduit, nous portons toujours cette indignation morale face à un monde où trop peu de gens en ont beaucoup trop et beaucoup trop de gens n’ont rien du tout. Nous ne pouvons pas accepter que 1 milliard 200 millions de personnes n’aient pas de quoi se nourrir aujourd’hui en 2012. Il FAUT que cela change !

Nous commençons à prendre la mesure de l’impact de ce financement réduit. Nos équipes de programmation ont commencé à analyser continent par continent, pays par pays et même partenaire par partenaire  la situation de chacun et ce que nous pouvons faire. Il faudra réinventer le programme international, sur des bases plus modestes, avec moins de partenaires, avec des choix précis en termes de pays et de thèmes, et c’est à cela que nous nous attelons en ce moment. On ne sait pas encore quelle configuration finira par prendre notre programme international, mais nous savons déjà que les pauvres y seront au cœur.

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