Le difficile combat contre l’« ennemi invisible »

Dans Urgences
26 août 2014
par 
Stéphane Vinhas

Les virus ne connaissant pas les frontières, l’Ebola est devenu une menace pour plusieurs États frontaliers d’Afrique de l’Ouest. À la difficulté de trouver une solution transnationale s’ajoutent les contraintes de contrôle d’une maladie qui a des implications sociales, psychologiques et économiques.

Il n’existe aujourd’hui officiellement aucun vaccin ni aucun traitement homologué à la maladie à virus Ebola. Les soins prodigués aux malades se limitent à les aider à combattre la maladie, en s'attaquant aux symptômes : lutte contre la fièvre ou réhydratation, par exemple, pour éviter que les malades ne s'affaiblissent trop. Les centres de santé fonctionnels – peu nombreux – sont débordés faute de personnel, de formations, de matériel et d’équipements, de laboratoires, de places. Tout cela augmente les risques d’infection dans les espaces médicaux censés les contenir.

Le virus Ebola se transmet par contact direct avec du sang, des sécrétions ou des liquides biologiques, ce qui implique que les gens doivent renoncer aux contacts physiques directs. En ce sens, le virus Ebola paralyse les espaces de solidarité et de sociabilité : les lieux publics, les activités sportives ou encore les réunions familiales peuvent devenir des sources de contamination. Les rites funéraires traditionnels – lors desquels on lave, veille et touche le corps du défunt – font partie des principaux modes de contamination. Il devient même risqué de consoler et de prendre dans ses bras les parents des personnes décédées...

Les interventions médicales sous habits de protection sont rendues difficiles par la chaleur et l’humidité du climat tropical. Le personnel de santé fait preuve de bravoure et de mérite exceptionnels dans une telle situation. Il constitue aussi, malheureusement, une partie des victimes de la maladie. Dans les centres de santé, les patients, venus parfois trop tard se faire soigner, meurent. Par précaution, on enterre les personnes décédées selon des protocoles sanitaires non conformes aux rites funéraires locaux. Les pratiques traditionnelles de deuil ne pouvant plus être respectées, les populations refusent d’y emmener leurs proches et leurs défunts et soulignent qu’« on leur vole leur morts ».

Dans des pays tels que le Sierra Leone ou le Libéria, à peine sortis de longues années de guerres civiles, le manque de confiance envers les autorités de l’État ne facilite pas le traitement de la question au niveau national. Ancrées dans une vision mythique de la maladie, les populations se cachent, refusent de voir les soignants et peuvent même se montrer hostiles contre les autorités sanitaires et les ONG médicales.

Dans des pays à forte mobilité des populations et où certaines zones géographiques sont enclavées, la recherche des personnes ayant été en contact avec les malades reste un véritable défi logistique. La résistance sociale rend les choses encore plus compliquées.

C’est pour toutes ces raisons que Développement et Paix soutient Caritas Sierra Leone afin de lutter contre l’épidémie d’Ebola, pour un projet qui implique une réponse sociale et communautaire plutôt qu’uniquement médiale, afin de contribuer au contrôle et à la prévention de la propagation de la maladie.

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