Le virus Ebola, indice révélateur d’une triste réalité

Dans Urgences
17 novembre 2014
par 
Stéphane Vinhas, chargé de secours d’urgence
Une formation avec des bénévoles communautaires en santé de Caritas au Sierra Leone

L’épidémie d’Ebola qui fait rage actuellement en Guinée, au Sierra Leone et au Libéria est la plus importante, la plus longue et la plus complexe jamais connue. Son ampleur et sa croissance exponentielle vont au-delà de la nature hautement mortelle du virus même; elles s’expliquent et s’inscrivent dans un contexte fragile donné. La maladie dessine une réalité sous toutes ses limites et ses manques : elle souligne les effets néfastes de la pauvreté et des inégalités.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’exploitation des ressources minières et forestières de la région aurait réduit l’habitat des animaux sauvages, réservoirs naturels du virus. Ces derniers se seraient alors concentrés au plus près des lieux d’habitation humaine, accroissant les risques de contamination. Le virus Ebola serait ainsi apparu en Guinée, début 2014, dans la préfecture de Guéckédou, lieu de mobilité très importante, au croisement de trois pays aux populations historiquement liées.

La crise actuelle touche des pays pauvres aux populations denses dont la situation économique pousse à être en mouvement permanent pour la subsistance quotidienne. Les échanges intenses à travers des frontières poreuses, qu’ils soient liés au commerce, à l’emploi, à la chasse, à l’offre des services de santé et aux liens familiaux, sont difficilement contrôlables. Cela explique à la fois la propagation à d’autres pays et la réintroduction lorsque le virus semble enfin être contrôlé. Fait nouveau : l’ampleur de l’épidémie est aussi due à sa pénétration dans les bidonvilles urbains où les conditions de vie sont précaires.

Le contrôle difficile du virus Ebola est aussi révélateur de l’état du système de santé d’un pays : son manque de personnel médical, de structures, d’ambulances, de laboratoires, d’analystes épidémiologiques et de spécialistes médicaux. Les pays comme le Sierra Leone et le Libéria, tout juste sortis de guerres civiles, ont investi avant tout dans la sécurité plutôt que dans l’éducation ou la santé. Alors que les cas détectés au Sénégal et au Nigéria ont été rapidement endigués, les autres pays luttent encore.

L’écroulement du système de santé laisse présumer d’une crise sous-estimée; tous les cas de maladie et de décès ne sont pas reportés aux centres de santé par peur de la stigmatisation; les chiffres sont remis en cause notamment par le manque de moyens pour le dépistage et le diagnostic. Les chiffres de l’OMS proviennent en effet de trois Ministères de la santé différents en manque de personnel.

Peu éduquée, appauvrie, terrifiée, brisée physiquement et mentalement, manipulée par des rumeurs, la population oscille entre déni de la maladie et hostilité contre les personnels de santé déshumanisés par leur équipement de protection et considérés comme les propagateurs de la maladie.

La propagation de la maladie dépend du virus, mais aussi des conditions de vie et d’éducation de la population qui alimente la chaîne de transmission; le taux de létalité dépend du virus, mais aussi du type de soins que l’on peut apporter aux patients. Le virus Ebola ne fait que profiter des failles des systèmes. Il se développe du fait des conditions économiques et socioculturelles des populations, de la faiblesse des systèmes de santé et des actions de contrôle insuffisantes.

La crise de l’Ebola est le reflet de l’augmentation des inégalités dans l’éducation et l’accès de soins de santé de base en Afrique de l’Ouest. Le virus ne fait qu’aggraver une situation déjà précaire : les suivis médicaux sont arrêtés, tout comme les traitements des maladies tropicales et les suivis de maternité, les enfants ne sont plus vaccinés et ne vont plus à l’école…

L’effondrement du système de santé et la suspension des services d’éducation représentent un risque à la fois pour la fixation endémique du virus Ebola dans la région et pour l’apparition et la propagation de nouvelles maladies. C’est un signal fort pour redéfinir le type d’investissements à faire dans les pays meurtris, pour contrôler et éviter de nouvelles catastrophes de ce type.

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