Les centres de femmes

Dans
20 août 2014
par 
Gabrielle Angers-Gosselin

À la suite de notre premier billet de blogue, nous avons cru bon de vous parler plus en détail des centres de femmes avec lesquels nous travaillons quotidiennement. Comme vous le savez déjà, dans le cadre de notre stage d’initiation à la solidarité internationale avec le CEPROSI, nous sommes amenés à travailler avec les femmes des arrondissements Max Paredes et Cotahuma de la ville de La Paz et du district Ciudad Satelite de la ville d’El Alto qui constituent la population cible de notre partenaire. Pour rejoindre cette population, le CEPROSI a établi une collaboration avec l’association de femmes Sembrando Semillas qui regroupe plus de 300 femmes réparties dans plus de 20 centres.

Nous devons vous avouer que, même après plusieurs formations pré-départs, nous n’arrivions pas à concevoir parfaitement en quoi consistaient les centros de mujeres au moment de mettre les pieds dans l’avion! En effet, c’est une réalité assez différente de celle que nous connaissons dans notre société nord-américaine. Voilà la raison qui explique que nous prenons un peu de temps pour écrire ce texte en cette fraîche soirée de repos. Nous souhaitons éclaircir votre vision des centres de femmes et de l’association Sembrando Semillas, vous qui avez l’intérêt d’en connaître plus sur notre projet. Après quelques visites dans ces groupes et plusieurs présentations d’ateliers, nous croyons être en mesure de vous partager notre impression et notre analyse de ce qu’ils en consistent.

Tout d’abord, que sont-ils? Simplement, comme leur nom l’indique, il s’agit de groupes de femmes. Celles-ci se rencontrent à raison d’une fois par semaine dans un lieu qu’elles ont elles-mêmes défini. Il peut s’agir autant de la maison d’une de ces femmes, qu’une salle communautaire d’église ou encore d’un parc à l’extérieur, ceci est propre à chaque centre. Dépendamment des groupes, le nombre de femmes varie. Les plus petits groupes peuvent compter entre quatre et cinq participantes tandis que les plus nombreux en comptent plus de 20. Elles ne se rencontrent qu’une seule fois par semaine, bien souvent après le dîner aux alentours de 15 h 30. Fait cocasse, la ponctualité n’est pas de mise pour ces femmes. Il faut savoir être patient! Certaines y seront à 15 h en punto alors que d’autres se feront attendre jusqu’à 16 h 30. Mais que faire d’autre que de dire « La Paz! » (qui veut dire « la paix », comme nous aimons si bien le faire chaque fois que nous sommes abasourdis et surpris par le chaos organisé de cette ville) et de parler avec les femmes présentes pendant que nous attendons les autres!

Par ailleurs, à quoi servent ces centres? Que font les femmes lorsqu’elles se rencontrent? Les centros de mujeres sont une occasion pour les femmes de sortir de la maison et de partager avec leurs compagnes. Partager des connaissances, des histoires de vie ou d’excellentes collations puisqu’ici, en Bolivie, une réunion n’en est pas une s’il n’y a pas la collation dite recreo. Dans cette culture latino-américaine, plusieurs de ces femmes ont la responsabilité de s’occuper de la maison et des enfants pendant que leurs maris travaillent. Ici, ces femmes, on les appelle les amas de casa. D’un premier point de vue, l’activité principale des centros de mujeres est la confection d’artisanat. Pour ces femmes, c’est d’ailleurs la principale raison pour laquelle elles se réunissent chaque semaine. Pour notre organisme partenaire, les cours d’artisanat sont en fait un prétexte pour rejoindre ces dernières. Ainsi, le CEPROSI engage certaines femmes à titre de profesoras. Celles-ci se promènent dans quelques centres pour enseigner aux femmes des techniques artisanales pour qu’ensuite elles puissent revendre ce qu’elles créent. Elles ont donc l’occasion d’échanger, de s’améliorer et de faire un peu d’argent, la majorité d’entre elles n’ayant pas d’emploi formel. Du même coup, l’organisme partenaire offre d’autres services durant ces rencontres hebdomadaires. Travailleurs sociaux, médecins, psychologues et autres spécialistes mettent la main à la pâte afin de contribuer à la santé globale de ces femmes. Il ne faut pas passer sous silence le travail des groupes Québec sans frontières de Développement et Paix qui développent et présentent depuis maintenant trois ans des ateliers de nutrition.

Pourquoi le CEPROSI intervient-il dans ces centres? Les centres de femmes sont vraiment importants pour ce dernier, car c’est à travers eux qu’il peut atteindre une majorité de la population. Effectivement, comme les femmes sont au cœur de la famille bolivienne, s’occupant de la maison et de l’éducation des enfants, elles s’avèrent donc être de véritables agentes de changements. Il est plus facile pour elles de transmettre à leurs enfants et leurs maris les connaissances qu’elles acquièrent aux centres. De plus, celles-ci ont réellement la volonté d’apprendre et elles sont ouvertes à changer leurs habitudes afin d’améliorer leur niveau de santé.