À Madagascar, une mine menace la terre et la dignité d’une communauté

9 octobre 2013
par 
Khoudia Ndiaye, agente de communications
Ralotoarimanana et son père, le chef de Ambatomainty

L’accès à la terre et la défense de l’environnement sont des sujets majeurs à Madagascar. Les Malgaches sont de grands cultivateurs et comptent parmi les plus grands riziculteurs du monde. Il y a sur la Grande Île environ 14 000 paysans qui pratiquent la riziculture sur des terres irriguées à environ 250 km de la capitale Antanarivo. La famille Rakotoarimanana vit à Ambohibary, un village situé dans le district de Moramanga. L’arrivée d’une mine non loin de leur lieu de vie a entrainé une certaine frustration. « Il y a encore quelques années, nous avions tous les jours de quoi manger. Mais depuis l’arrivée de la mine, nous nous sommes appauvris. Nous, paysans, sommes maintenant obligés d’aller au marché pour acheter à manger ! La vie est devenue très difficile. De toute ma vie, je n’ai jamais eu à acheter des haricots ni même du maïs. Tout cela arrive parce que la mine nous a interdit de cultiver nos terres ! », déclare le fils aîné de la famille.

En effet, le site d’exploitation de la mine se trouve à moins de 10 km de la communauté et les gisements s’étendent sur environ 1 300 hectares. Lors de la phase de construction, des agents de la mine ont effectué des visites au sein des communautés afin de leur proposer de l’argent en échange de leurs terres. De nombreuses familles, parmi les plus pauvres, ont accepté. D’autres ont résisté  et ont pu conserver leurs champs mais au prix de certaines restrictions imposées par la mine.

The bushes surrounding the rice paddies.La famille Rakotoarimanana a été affectée par les nombreuses contraintes imposées. Les agents de la mine lui a interdit, au nom de la préservation de l’environnement, de planter du maïs ou encore de couper les buissons qui entourent ses rizières. « Ces buissons constituent pour nous un obstacle, une véritable malédiction.  Notre terrain est envahi par ces buissons et nous ne pouvons plus planter ni maïs, ni manioc. Les agents de la mine nous ont interdit de les couper car ils se trouvent dans la zone de bail du projet. C’est pour préserver l’environnement nous a-t-on dit. Mais on ne peut pas manger ces buissons ! Je ne peux pas accepter cette situation. »

Cette situation est d’autant plus regrettable que la famille possède d’autres champs, un peu plus haut, toujours dans la zone de bail de la compagnie minière. « Nous avons, à quelques kilomètres d’ici, un champ avec des bananiers, des orangers, d’autres arbres fruitiers, ainsi que du cresson. On nous interdit de le cultiver jusqu’à nouvel ordre ; en fait, jusqu’à ce que les agents de la mine viennent le mesurer. Mais cela fait plusieurs années qu’ils ne sont pas venus et nous les attendons toujours ! Depuis que la mine s’est installée ici, notre niveau de vie a baissé. C’est cela la vérité. »

En juin dernier, des membres de Développement et Paix ont effectué un voyage de solidarité à Madagascar, en compagnie de deux animatrices régionales. Sœur Norma faisait partie de la délégation et elle a été touchée par l’histoire de la famille Rakotoarimanana qu’elle a rencontrée lors de sa visite à Ambatomainty. « Le chef du village nous a raconté que la compagnie minière a coupé, sans organiser de cérémonie, les arbres qu’il avait lui-même plantés et soignés. Savez-vous ce que veulent vraiment les paysans ? Ils veulent de la transparence de la part des autorités et le développement socio-économique de leur communauté », rapporte Sœur Norma.

« À Madagascar, la redevance minière n’est que de 2 % et ce n’est pas juste. Est-il possible de réviser ce contrat afin de verser équitablement une part des bénéfices à la population de cette région et au reste du pays ? Je suis découragée face à une telle situation car je crains que non, mais nous ne devons pas baisser les bras pour autant. Je vais retrousser mes manches en pensant au slogan de ma congrégation, les Sœurs de Sainte-Croix : l’éducation pour la libération ! ».

Sœur Norma conclut son témoignage par ces quelques mots : « À la fin de notre visite au village d’Ambatomainty, nous nous sommes donnés la main. Nous leur avons promis de partager, dès notre retour, leur histoire avec les Canadiennes et les Canadiens. Le chef du village a conclu notre visite par cette demande : ‘Mes petits-enfants ont besoin d’une école. Pouvez-vous nous aider à réaliser ce rêve ?’. Je l’ai quitté en cachant mes larmes ».

La richesse minérale ne profite pas à la majorité de la population comme en témoigne l’histoire de la famille Rakotoarimanana. À Madagascar, Développement et Paix mène le projet Taratra, un projet de plaidoyer axé sur la gestion transparente des revenus des ressources minières à différents niveaux et la répartition équitable de la recette des industries extractives.

La campagne Une voix pour la justice demande au gouvernement canadien de créer un poste d’ombudsman indépendant pour l'industrie extractive canadienne afin d’enquêter sur les plaintes déposées par les populations des pays du Sud. Si vous ne l’avez pas encore fait, passez à l’action en écrivant à votre personne députée afin de lui signifier que le Canada a besoin d’un ombudsman pour une exploitation minière responsable.

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