Maradi

28 juillet 2012
par 
Guy Des Aulniers, chargé de programme pour les secours d'urgence

Guy Des Aulniers et Kelly Di Domenico, agente de communication, sont présentement au Niger, l’un des pays les plus sévèrement atteints par la crise alimentaire que connaît le Sahel en Afrique de l’Ouest. Trois journalistes de Salt and Light Television les accompagnent pour témoigner de ce qui se déroule dans la région et pour prendre connaissance des programmes de secours d’urgence que nous appuyons au pays, en collaboration avec la Banque de céréales vivrières du Canada (Canadian Food Grains Bank).

L’équipe est arrivée au Niger le 23 juillet et visitera plusieurs des projets humanitaires que met en œuvre notre partenaire local, CADEV (Caritas Niger), dans les camps de réfugiés, les sites de distribution alimentaire et de relance agricole. Ils rencontreront les bénéficiaires et leaders locaux et ils partageront leurs histoires avec nous, pour que nous puissions mieux comprendre l’ampleur de la présente crise et ce que nous pouvons faire pour y répondre. 

Nous sommes à Maradi (Niger), à 650 km de Niamey, la capitale. Maradi est le « grenier » du pays, ce qui en fait sa capitale économique. Mais nous sommes surtout à 25 km du Nigéria et tout ce qu'on trouve ici vient de là-bas, du sucre aux voitures. C’est aussi dans le nord du Nigeria que Boko Haram sévit et son influence se fait sentir. Le voile intégral est par exemple davantage présent. Certaines tensions se font sentir avec les chrétiens, assez pour que l’Église ait évité cette année ses vœux traditionnels du début du ramadan le 21 juillet dernier.

À notre arrivée, nous avons été reçus par Monseigneur Ambroise Ouedraogo, l’évêque du deuxième diocèse du pays. Il y a 250 catholiques à Maradi et 3000 dans tout le diocèse (oui, 250 et 3000, le Niger est musulman à 99 %) : « J’ai réussi à obtenir le financement des infrastructures de l’église en invoquant qu’il y a toutefois 7 millions de nigériens à convertir dans le diocèse ! ». Ce qui ne l’empêche pas d’avoir nommé un musulman comme directeur des écoles catholiques : « Il est plus rigide que nous ! ». Nous avons bien rit. Mgr Ambroise est responsable du dialogue islamo-chrétien dans le pays. « Sans le Nigeria, le Niger ne pourrait survivre. Le problème et la solution aux problèmes actuels sont politiques. Il faut discuter pour trouver la paix. »

Il est venu nous retrouver en fin de journée. Il en profite pour nous questionner s’il ne serait pas mieux que les bénéficiaires contribuent un tout petit peu en échange des rations gratuites qu’ils recevront, il faut éviter de créer la dépendance, nous dit-il. Mais les rations sont destinées à ceux et celles pour qui sans elles mourraient, c’est une question de survie, lui dis-je. Mais il faut aussi préserver leur dignité, me rétorque-t-il. Des questions qui nous ramènent à l’importance du lien entre l’urgence, la réhabilitation et le développement. Des préoccupations que nous soulevons déjà auprès de nos bailleurs.