Médiatisation et urgence

7 février 2012
par 
Guy Des Aulniers, chargé de programme pour les secours d'urgence

« Les médias ont empêché les organisations humanitaires d’être stratégiques ». Le jugement est fort. Il est d’Overtoun Omgezulu, coordonnateur régional de l’urgence pour la Corne de l’Afrique chez Trocaire. Celui-ci a vu les médias défiler au cours de l’été 2011. La pression médiatique a forcé les organisations à dépenser rapidement de manière à justifier l’utilisation des fonds acheminés. Sinon, elles avaient peur d’être accusées sur la place publique.

Pourtant, il s’agit d’une crise lente, me répète-t-il. Il faut donner de l’assistance, mais dans une perspective de relance. Il ne sert à rien de distribuer de la nourriture et de disparaître au bout de six mois. Car il y aura aussi une sécheresse l’année prochaine ou des inondations. Et il y aura des conflits entre les groupes tribaux.

Dans le cas du Kenya, une intervention doit intégrer des mesures de réduction des risques pour la suite (barrages, puits, semences) et surtout une stratégie pour la résolution des conflits. « Chez les Turkana, au Nord, on a refusé les chameaux que nous devions donner. Les bénéficiaires devenaient une cible pour les villages voisins. Ils ont préféré les chèvres, même si de toute évidence, elles ne feraient pas le même travail… »

Certains diocèses se sont même retrouvés avec trop d’argent, sans avoir nécessairement la capacité de gérer cette somme – « il est en effet difficile de dire non… ». Le diocèse de Ludwar, à la frontière du Sud Soudan,  admet par ailleurs candidement qu’il reçoit trop de « visiteurs ». « Tout le monde veut son projet, sa photo…. »

Ces constats sont faits sereinement. Sans cynisme. Chacun de son côté ou, par exemple, au Forum des Caritas du Kenya (Caritas Country Forum) qui se tient mensuellement. Aujourd’hui, chacun expliquait ses succès et ses difficultés dans les projets mis en place. Les défis ne manquent pas. Le plus grand étant certainement celui de la coordination entre les différents acteurs.

Je serai un de ces « visiteurs » à partir de demain. En compagnie de Samson Malesi, coordonnateur des urgences chez Caritas Kenya, j’irai dans les diocèses de Ngong, Machakos, Kitui et Embu. Je reviens samedi. Vous serez en mesure de constater si j’ai un accès Internet...