Pas assez de nourriture au moment où le besoin est le plus grand

3 août 2012
par 
Kelly Di Domenico, agente de communications

Kelly Di Domenico et Guy Des Aulniers, chargé de programmes aux secours d’urgence, étaient au Niger, l’un des pays les plus sévèrement atteints par la crise alimentaire que connaît le Sahel en Afrique de l’Ouest. Trois journalistes de Salt and Light Television les accompagnaient pour témoigner de ce qui se déroule dans la région et pour prendre connaissance des programmes de secours d’urgence que nous appuyons au pays, en collaboration avec la Banque de céréales vivrières du Canada (Canadian Food Grains Bank).

L’équipe est arrivée au Niger le 23 juillet et a visité plusieurs des projets humanitaires que met en œuvre notre partenaire local, CADEV (Caritas Niger), dans les camps de réfugiés, les sites de distribution alimentaire et de relance agricole. Ils ont rencontré les bénéficiaires et leaders locaux et ils partagent leurs histoires avec nous, pour que nous puissions mieux comprendre l’ampleur de la présente crise et ce que nous pouvons faire pour y répondre.

Le Niger, comme la plupart des pays du Sahel, n’a qu'une saison des pluies, ce qui signifie que la récolte en lien avec ces pluies est cruciale à la survie pour l’année entière. Cependant, au moment de planter, la récolte de l'année précédente est presque épuisée et il reste peu, sinon rien, à manger. Il s'agit d'une période où il n'y a pas assez de nourriture alors que c’est justement à ce moment que le besoin est le plus grand. Planter un champ et travailler le sol nécessite de l'énergie, une énergie qui est difficile à trouver quand il n'ya rien à manger.

Cette année, les difficultés relatives à l’agriculture sont particulièrement décourageantes. Les stocks sont déjà épuisés depuis des mois en raison d'une mauvaise saison des pluies l'an dernier, et pour faire face au manque de nourriture, les familles mangent des portions plus petites et cueillent des feuilles des arbres pour en faire une soupe avec un peu de sel, juste pour avoir quelque chose dans l’estomac.

La mauvaise récolte de l'an dernier a également poussé de nombreux jeunes hommes des villages à partir pour la ville ou même dans d'autres pays afin d’essayer de trouver du travail et envoyer de l'argent à la maison, ce qui signifie qu'ils ne sont pas là pour planter. Dans le village de Wada Rma, Mariam Asse n'a pas vu son mari depuis huit mois, soit depuis qu'il a quitté pour la Libye pour trouver du travail. Elle n'a pas entendu parler de lui depuis qu'il est parti et n'a aucune idée si ou quand il reviendra. Elle est enceinte de neuf mois et a trois autres enfants en bas âge à la maison. Elle me dit qu'elle essaie de les nourrir un ou deux repas par jour, mais elle a vu ses enfants maigrir et faiblir. Ça pèse lourdement sur son esprit, et pour avoir un revenu, elle a travaillé dans les champs d'autres personnes. Même maintenant, sur le point de donner naissance, elle continue à exécuter un travail manuel dans les champs afin de nourrir ses enfants.

Aujourd'hui, cependant, elle reçoit un certain secours. Caritas Niger, avec l'appui de Développement et Paix et de la Banque de céréales vivrières du Canada, organise une distribution gratuite de nourriture. Ses mains autour de son petit ventre, Mariam attend en file pour recevoir un sac de mil, un sac de haricots et un peu d'huile végétale. C’est assez de nourriture pour durer un mois, un mois qui s’avèrera critique pour Mariam puisqu’à la naissance de son enfant, elle aura besoin de suffisamment de nourriture pour pouvoir l’allaiter. « C’est arrivé au moment où c’était vraiment nécessaire, comme si ça tombait du ciel, de Dieu », me dit-elle. Pour les 325 autres ménages qui reçoivent les mêmes rations de nourriture, cela représente la force nécessaire pour planter et récolter, un répit pour les veuves et les personnes handicapées physiques qui ne peuvent pas travailler aux champs, et pour les mères comme Mariam, cela signifie de voir la santé dans les yeux de leurs enfants.