Pérou : Augmentation de troubles sociaux autour des mines

11 juillet 2012
par 
Mary Durran, chargée de programmes pour l'Amérique latine

« Le gouvernement se trompe s’il croit pouvoir contrôler les demandes justifiées provenant de Cajamarca avec des balles, des coups et de la torture. Le président ne devrait pas défendre que les investissements. Il devrait défendre les droits fondamentaux des Péruviens. »
- Marco Arana, militant environnemental

Cinq citoyens ont été tués et un ancien prêtre catholique a été blessé et temporairement détenu par la police – le tout dans un contexte d’agitation sociale autour d’une opération proposée par le géant minier américain, Newmont Mining Corporation, à Cajamarca dans le nord du Pérou. L’alliance internationale d’agences de développement catholiques, CIDSE, dont Développement et Paix est le membre canadien, a écrit hier au président Ollanta Humala demandant au gouvernement péruvien de garantir aux communautés locales le droit d’exprimer pacifiquement leur opposition aux projets miniers.

La semaine dernière, entre le 2 et le 4 juillet, la violence a éclaté à Cajamarca lorsque les manifestants et la police se sont affrontés dans une violente confrontation tuant 5 citoyens et blessant plusieurs officiers de police. Le gouvernement a vite déclaré l’état d’urgence, empêchant ainsi toute protestation pacifique. Le 4 juillet, Marco Arana, grand militant environnemental et défenseur du droit des communautés locales de refuser des projets miniers, a été arrêté par la police alors qu’il s’assoyait sur un banc dans un parc municipal. La police a battu, a donné des coups de pied et a insulté l’ancien Père Arana lui causant des blessures à la tête et à la mâchoire ainsi qu’aux reins. Visionnez une vidéo de ce passage à tabac.

Marco Arana a été au cœur du film de Stephanie Boyd, Operación Diablo, lequel détaille une opération montée par le gouvernement péruvien contre tous ceux qui s’opposent aux projets miniers dans cette région. En 2009, Marco Arana a reçu la prestigieuse récompense décernée par le magazine Time en tant que héros de l’environnement pour son travail d’appui aux communautés locales péruviennes. Il a été relâché le 5 juillet, aucune charge justifiée n’a été retenue contre lui.

Dans sa lettre du 9 juillet, la CIDSE mentionnait ses préoccupations au sujet d’une plus grande présence militaire dans la région en réponse aux manifestations. « Nous sommes inquiets car le recours à ce genre d’intervention est de plus en plus fréquent pour résoudre les conflits sociaux et environnementaux, et nous croyons que ce ne sont pas les meilleures façons d’assurer de bons investissements miniers au Pérou », écrit Bernd Nilles, secrétaire générale de la CIDSE.

Cela fait déjà six mois que les résidants de Cajamarca protestent pacifiquement pour défendre leur droit à l’eau face à la proposition de 5 milliards de dollars américains pour la mine d’or Conga. Le projet minier menace d’utiliser l’eau limpide et pure provenant des lagons locaux qui constituent la réserve d’eau des communautés locales. Les résidants craignent également une sérieuse pollution de ces eaux, et ils mentionnent que les emplois créés par le projet n’en justifient pas les désavantages. Ils accusent le gouvernement  d’aller de l’avant avec le projet malgré sa menace pour les intérêts locaux.

La CIDSE invite le gouvernement péruvien à promouvoir un dialogue en toute connaissance de cause en tant que moyen pour résoudre la crise, où les droits des populations locales seraient sérieusement pris en considération. Elle demande également à l’État de mener une enquête plus approfondie sur les récents événements survenus à Cajamarca, et d’utiliser le système judiciaire afin de s’assurer que toutes les personnes responsables de la violence, incluant les forces de l’État, soient punies. La CIDSE demande au gouvernement de respecter les droits de toutes les personnes détenues suite aux manifestations pacifiques, d’éviter des détentions arbitraires et de garantir le droit à un processus juste.

CEAS, partenaire de Développement et Paix, continue de surveiller la situation des troubles sociaux générés par les projets miniers au Pérou.

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