Redéfinir le vivre ensemble au cœur du Cambodge

31 juillet 2017
par 
Alice Gaudreau, stagiaire du groupe QSF au Cambodge

Huit jeunes québécoises et québécois effectuent actuellement un stage d’initiation à la solidarité internationale au Cambodge dans le cadre du programme Québec sans frontières (QSF). Ils et elles appuient actuellement un partenaire de Développement et Paix, Development and Partnership in Action (DPA).

DPA se fait partenaire, habilite et supporte les Cambodgiens et Cambodgiennes les plus pauvres et les plus vulnérables, particulièrement dans les secteurs ruraux. Il contribue activement à la création d'un environnement propice au développement durable et équitable. Dans le cadre de son programme de partenariat, DPA offre un appui aux organisations communautaires de base, telles que la coopérative agricole Por Samrong, où se déroule le stage QSF.

Au courant de leur séjour, le groupe nous partage le récit de leurs expériences. Ici, Alice nous partage un moment vécu lors de sa première fin de semaine au village.

C'était notre premier dimanche dans la communauté. Tout était encore à découvrir et nous ne connaissions rien de la réelle culture cambodgienne, sinon les informations générales qu'il avait été possible pour nous de trouver sur l'Internet.

Nous nous sommes assises, attendant de voir ce qui se produirait. Après un certain temps, des voisines ont commencé à arriver en bicyclettes, tenant le guidon d'une main et leur bambin de l'autre, comme si de rien était. Elles se sont rassemblées chez nous, assises confortablement en squat, soit la posture de prédilection de notre communauté.

Les enfants jouaient ensemble et les femmes les regardaient, bavardant et acclamant leurs réussites. J'ai été frappée par tous les yeux qui se posaient sur les enfants, les regardant jouer comme s'ils étaient le centre de l'univers.  L'une d'entre eux s'appelle Cheeataa. C'est l'arrière petite-fille de notre mère d'accueil. Ce jour-là, nous n'arrivions même pas à savoir qui, des femmes présentes, était sa mère. Elles se comportaient toutes comme si chaque enfant était le leur. Les enfants pouvaient se faire balloter de mains en mains sans jamais chigner, car toutes les femmes là étaient un peu leur mère, d'une certaine façon.

Ce moment si banal pour eux m'a particulièrement frappée. Je suis une enfant unique québécoise. J'ai surtout été élevée par ma mère et ce sont ses yeux à elle qui se posaient sur moi, pas ceux des voisines ou de mes cousines comme c'est le cas pour Cheeataa, au Cambodge. Vous savez bien qu'au Québec, il est rare que la famille élargie vive entièrement au même endroit. On change de quartier, de ville, et même si on se voit moins souvent, on peut toujours se consoler en pensant au réveillon, là où on sera tous ensemble.

Mais est-ce qu'on a vraiment besoin d'attendre si longtemps? A-t-on réellement besoin d'une fête ou d'un anniversaire pour se voir? Pourquoi est-ce qu'on n'invite pas nos voisins à souper, en fait?

Ces questions ne se poseraient pas au Cambodge. Ma fascination pour la scène quotidienne qui se déroulait devant moi en dit long sur notre rapport à l'autre et à la communauté. À Sre Samrong, tout le monde se connaît. Ma mère d'accueil salue chaque personne qu'elle croise, ce qui serait impensable chez nous. Qu'est-ce qui nous déconnecte autant des autres, au Québec? On ne connaît pas tout le monde, bien sûr, mais qu'est-ce qui nous empêche réellement d'essayer? Je n'arrive pas à trouver de réponse satisfaisante à cette question. 

J'en étais à ces réflexions, quand tout à coup, je me sens bien, assise par terre dans la maison. Pendant que j'entendais Cheeataa rouler avec son mini-tricycle, je laissais mes yeux gambader de visage en visage, scrutant les yeux animés de joie et d'amour des femmes autour de moi. L'aura de simplicité qui entourait cette petite communauté me donnait envie de m'y glisser sans retenue, moi aussi. 

On connaît tous l'expression "il faut un village pour élever un enfant", mais la sait-on vraiment? Les femmes de Sre Samrong, oui. Elles savent qu'elles peuvent compter l'une sur l'autre. C'est une conviction ancrée profondément en eux, à un point tel que cela devient une évidence. Pour elles, il est naturel que quelqu'un d'autre - même un inconnu comme notre collègue stagiaire Berry! - prenne leur enfant de leurs bras comme si c'était le sien. 

Cette démarcation de ce qui est à nous et de ce qui ne l'est pas, c'est nous qui la créons. Au Québec, elle est plus forte et cela renforce en nous l'idée que nous sommes chacun séparés des autres. Au Cambodge, cette ligne est plus fluide, et c'est ce qui donne de la force à leur communauté et à leurs mouvements communautaires comme celui de la coopérative agricole PSR avec qui nous collaborons.