Réflexion hebdomadaire du 22 mars, Quatrième dimanche du Carême

16 mars 2020
par 
Minaz Kerawala, conseiller en communications et en relations publiques
Ederson, seringueiro, Brésil. Photo: Thomas Bauer/Développement et Paix – Caritas Canada
Évangile : Jean 9,1-41

L’aveuglement et les seringueiros de Machadinho d’Oeste, au Brésil

Le sens de la vue est l’un des plus grands dons du Créateur. Tandis que nos yeux nous permettent de voir le monde, c’est grâce à la vue spirituelle que nous arrivons à réellement le comprendre.

Lorsque Jésus a redonné la vue à un non-voyant, il a refusé d’établir un lien entre cécité et péché. Plutôt, la réponse de Jésus aux pharisiens nous apprend que le véritable péché se trouve dans l’aveuglement spirituel.

Car il n’y a pas de personne plus aveugle que celle qui refuse de voir.

Cette ancienne parabole sur la volonté — ou le refus — de voir se répète aujourd’hui dans la forêt amazonienne, qui disparaît à vue d’œil. Dans l’État du Rondônia, au Brésil, les seringueiros récoltent le latex servant à fabriquer le caoutchouc. Ils exercent leur métier traditionnel sur de petites réserves désignées par l’État, où ils cueillent aussi des noix et des fruits. Ce peuple, abandonné et persécuté, ne reçoit pratiquement aucun service de l’État en éducation ou en santé. Pire, il voit ses terres, ses moyens de subsistance, sa survie même, menacés par de puissants intérêts forestiers et agricoles.

La pauvreté extrême, le manque d’éducation et l’oppression auraient pu rendre les seringueiros aveugles à tout ce qui n’est pas survie et besoins fondamentaux. Pourtant, ils ont gardé une vision très large de la forêt amazonienne et de la place qu’ils y occupent. Ils voient leur forêt bien-aimée comme une bénédiction divine. Ils voient à quel point la santé de leur territoire est liée à la santé écologique de la Terre. Ils se voient comme des gardiens de la Terre, chargés de la préserver pour le bienfait de toute l’humanité.

Comparons cette vision à celle de l’État brésilien. Doté d’une bureaucratie robuste et de satellites de pointe, le gouvernement est aussi bien informé et omniprésent qu’un État peut l’être. Pourtant, il ferme les yeux sur le triste sort des seringueiros, et sur celui d’autres groupes traditionnels ou autochtones qui se portent à la défense de la forêt amazonienne. Plutôt, il choisit d’appuyer d’énormes entreprises qui ne pensent qu’aux profits à court terme, leur ouvrant la voie pour abattre des arbres, extraire des ressources, cultiver des terres, construire des barrages et piller la forêt. Ensemble, le gouvernement et ces entreprises érigent l’exploitation avide des ressources en une nouvelle vision du développement.

En Occident, nous faisons aussi parfois preuve d’aveuglement. Nous refusons de voir à quel point nos modes de consommation stimulent la demande pour les ressources et, par le fait même, entraînent la destruction de la forêt amazonienne et de zones écologiques sensibles. Forts d’une « confiance aveugle dans les solutions techniques » (Laudato Si’, 14), nous ignorons allégrement l’accumulation de preuves scientifiques pointant vers l’imminence d’une crise écologique. Notre refus de changer nos habitudes de vie, de consommer moins, de traiter la Terre avec respect n’est-il pas une forme d’aveuglement spirituel ?

Le pape François nous invite à sortir de cet aveuglement en nous rappelant que « vivre la vocation de protecteurs de l’œuvre de Dieu est une part essentielle d’une existence vertueuse ; cela n’est pas quelque chose d’optionnel ni un aspect secondaire dans l’expérience chrétienne ». (Laudato Si’, 217)

Pour vivre cette part essentielle de notre expérience chrétienne, il nous faut répondre à l’appel du Saint-Père pour la conversion écologique et reprendre contact avec la Création. Nous devons aussi nous montrer solidaires des seringueiros, un peuple doté d’une vue spirituelle remarquable. Tout comme la guérison d’un non-voyant contredisait le dogme pharisien, la vision des seringueiros s’oppose à l’idéologie dominante du développement et du progrès. Inébranlable, ce peuple s’accroche à cette vision qui, pour lui, est une question de foi.

Inévitablement, notre soutien doit passer par des organisations qui défendent les seringueiros et les autres gardiens de l’Amazonie. Ce sont eux « qui luttent avec vigueur pour affronter les conséquences dramatiques de la dégradation de l’environnement sur la vie des plus pauvres dans le monde ». (Laudato Si’, 13)

Le chemin vers l’existence vertueuse est pavé d’humilité, de simplicité, de sacrifice, de caritas et d’offrandes. Même s’il est ardu, ce parcours est lumineux, car notre Seigneur a dit : « Je suis la lumière du monde. »


Nos six réflexions hebdomadaires feront le pont entre le texte d’Évangile proposé pour la liturgie dominicale et notre thème de campagne. Elles seront publiées chaque lundi sur notre site internet ou accessibles dans la section Ressources. Ce Carême, donnons avec coeur, Pour notre maison commune ! 

 

 

À vos crayons!

Pour les familles avec de jeunes enfants, nous vous invitons à découvrir les réflexions hebdomadaires du Bulletin familial 2020. Chaque réflexion est accompagnée d’une illustration. Cliquez sur l’image pour télécharger l’illustration ainsi que la réflexion de ce dimanche.

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