Revenir à Blama, Sierra Leone

20 juin 2012
par 
Trevor Cook, Chargé de programmes en Afrique

J’ai visité Blama pour la première fois en 1989. C'était ma première mission en tant que chargé de programmes à Développement et Paix. Après avoir visité le Centre pastoral et social dont l’impressionnant programme de formation au leadership D.E.P. (Development Education Programme) était alors financé par Développement et Paix, un groupe de jeunes chrétiens diplômés (YCS-Young-Christian Students) m’invita à visiter certains des villages où ils se rencontraient et prêtaient assistance à la population. Ces diplômés avaient suivi le programme D.E.P qui utilisait une approche appelée Action, Réflexion, Action. Un des membres de ce groupe s’appelait Abu Brima, il était responsable de la formation et de la mise en place de projets touchant l’agriculture au Centre pastoral et social. Son enthousiasme à aider les gens à surmonter les nombreuses épreuves auxquelles ils sont confrontés m’avait grandement impressionné.

Blama était un petit village en bordure de la route principale faisant la liaison entre deux villes d’importance, Kenema et Bo. Je me souviens des villageois racontant comment les diplômés du YCS avaient travaillé avec eux pour les faire parler de leur situation et identifier des défis  pour ensuite travailler avec eux à les relever. Ils parlaient avec fierté de leurs réalisations. Bien entendu, puisqu’ils étaient en présence d’un homme blanc venant de l’étranger, le groupe produisit rapidement une liste exhaustive de l’appui nécessaire afin d’en faire encore plus pour aider leur village.

C’est ce qui marqua la naissance du NMJD (Network Movement for Justice and Development), un partenaire que Développement et Paix appuie financièrement depuis sa création en 1989. Ces jeunes bénévoles décidèrent de mettre à profit toutes les connaissances acquises du YCS et du D.E.P. en allant dans les villages afin de travailler directement avec les populations locales.

Me voici donc de retour à Blama, 22 ans et demi plus tard. C’était à l’époque mon premier voyage pour l’organisation, celui-ci sera mon dernier ; les coupures récentes au financement que reçoit Développement et Paix ayant mené à mon départ prochain en tant qu’employé. Accompagné de quelques employés du NMJD et de la personne responsable de l’agriculture au niveau régional, j’ai passé une journée complète à visiter diverses organisations communautaires, toutes impliquées dans la production agricole. Avec un appui financier de la Banque de céréales vivrières du Canada (CFGB -Canadian Foodgrains Bank) jumelé à l’expertise du NMJD et du responsable de l’agriculture, ces organisations communautaires travaillent à défricher la broussse, à labourer et préparer les terres à la culture; armés seulement d’outils manuels et de leur détermination à réussir. La grandeur de leurs réalisations n’a d’égale que leur engagement à travailler ensemble pour assurer la subsistance de toute leur communauté. Leurs efforts méritent toute mon admiration.

Les efforts du NMJD à sa création ont été anéantis par le conflit armé qui a duré une décennie et au cours duquel différentes factions armées, des rebelles jusqu’à l’Armée nationale, ont traumatisé et terrorisé toute la population civile, commettant alors certains des pires actes de violence et de mutilation imaginables. C’est finalement en 2002, en partie grâce aux efforts du NMJD et d'autres organisations de la société civile, que la paix fût rétablie au pays. Les gens ont peiné afin de reconstruire leur vie et de retrouver un climat de paix et de stabilité malgré la profondeur des cicatrices laissées par ce conflit d’une rare brutalité.

Un des groupes que nous avons rencontré était composé exclusivement de femmes, dont plusieurs sont devenues veuves durant le conflit. Elles éprouvent des difficultés à ce que leur ferme communautaire atteigne un niveau de production suffisant pour les nourrir et couvrir les coûts relatifs à l’éducation de leurs enfants, les soins de santé et autres besoins primaires. Ce groupe  et plusieurs groupes similaires, bénéficient de l'appui du NMJD, du CFGB, et de Développement et Paix qui a rendu cet appui possible.

D’un petit groupe de jeunes bénévoles, le NMJD est devenu la figure de proue des organisations civiles du Sierra Leone, travaillant avec les villageois sur le terrain, luttant pour que le pays reçoive des redevances de l’extraction de ressources naturelles, éduquant la population aux pratiques démocratiques qui ont pavé la voie à deux changements de gouvernements pacifiques,  protégeant les pauvres de l’exploitation et des abus, favorisant l’égalité hommes-femmes et donnant à la jeunesse une réelle occasion d’engagement significatif.

Quittant Makeni pour la prochaine étape de ce périple, je suis habité d’un sentiment de satisfaction et de fierté devant tout ce qui a été accompli en deux décennies et ce, malgré les années perdues en raison de la guerre civile. Cette histoire demeurera pour moi un grand succès pour Développement et Paix.