Salutations équatoriennes

23 août 2017
par 
Virginie Bouchard, stagiaire du groupe QSF en Équateur

Six jeunes québécois et québécoises effectuent actuellement un stage d’initiation à la solidarité internationale en Équateur dans le cadre du programme Québec sans frontières (QSF). Elles appuient un partenaire de Développement et Paix, ALER (Asociación Latinoamericana de Educación y Comunicación Popular).

Dans le cadre de leur projet, les stagiaires appuient différentes organisations membres de ALER et établies dans la ville de Quito. La mission d’ALER est de favoriser l’émergence d’une communication radiophonique éducative et de travailler avec d'autres acteurs sociaux pour la démocratisation des communications, pour le développement humain durable et pour la construction de sociétés empreintes de justice, d’équité et de démocratie.

Au courant de leur séjour, le groupe nous partage le récit de leurs expériences. Ici, Virginie nous parle de sa découverte des salutations équatoriennes.

Nous étions le 29 mai, il était approximativement 8h45. Nervosité et excitation nous habitaient. Nous étions sur le point de rencontrer nos nouveaux collègues de chez ALER. À quelques pas de la porte d’entrée, Yasmine lance tout bonnement : « Y-a-t-il une façon particulière de faire les salutations ici ? » Paule, notre responsable de groupe arrivée en Équateur depuis quelques jours déjà, échappe un rire discret et nous informe qu’ici, il n’y a pas de zone grise. Nouvelle connaissance, ami de longue date, on se fait la bise, mais du coté droit seulement (homme-femme et femme-femme)! Ce n’est pas comme au Québec, où l’on ressent parfois un certain malaise (la bise ou la poignée de main ?) et que cela se termine par une accolade maladroite. À la suite de cette directive, je me suis questionnée. Quelle était la raison de ce rire discret? À ce moment même, il m’était impossible d’en expliquer la raison, ce n’est que la semaine suivante que j’ai compris. Vous verrez.

Après avoir passé une semaine complète à vivre et à travailler tous ensemble, le temps était venu de faire connaissance avec les gens qui nous accompagneraient durant les 11 prochaines semaines : familles d’accueil et collègues de travail de nos milieux de stage respectif.

En franchissant la porte de ma nouvelle demeure, j’ai rapidement compris que le rituel de salutation était le même, peu importe l’endroit où nous pouvions nous trouver : la bise suivie d’une accolade. Bien entendu, vous comprendrez que la formule se répète lorsqu’un invité franchit la porte d’entrée. Cependant, ce n’est pas tout. Ces moments me permettent de pratiquer mon espagnol puisque les questions surgissent, l’une après l’autre. D’où viens-tu ? Combien de temps restes-tu en Équateur ? Comment trouves-tu le pays ? À mon tour, lorsque je m’informe sur un sujet quelconque, on s’assure que je trouve réponse à mes questions. Un jour, Francisco, mon père d’accueil m’a dit : « Virginia, tu problema es nuestro problema » (Virginie, ton problème est notre problème). Cette phrase m’est restée en tête et elle y est toujours. Non pas parce que cette philosophie m’était complètement étrangère, mais plutôt parce que cela ne faisait que deux jours que je vivais dans sa maison. Nous n’étions encore que deux étrangers, l’un pour l’autre.

Cela ne m’a pris que peu de temps pour me rendre compte que cette philosophie était omniprésente ici, en Équateur. En effet, après avoir passé le rituel de salutations au travail, (c’est ici que j’ai compris le rire discret de Paule, voir note en bas de page) on m’offrait de gouter aux collations et aux diners typiquement équatoriens. Le problème est que pour ma part, j’ai dû faire usage des fameuses pilules de Cipro XL (je n’écrirai aucun détail à ce sujet. Pour ceux et celles qui ont déjà voyagé dans les pays du Sud, vous connaissez leur utilité). Cela voulait donc dire que manger était devenu une activité beaucoup moins plaisante qu’à l’habitude. Bref, cela n’a pas pris une heure que j’avais en ma possession des sachets d’épices et des recettes miracles pour contrer le tout!

Finalement, avancer l’idée que chaque habitant de ce pays partage cette même philosophie serait une forme de généralisation et cela serait la même chose que de dire que tous les Canadiens portent un chapeau de renard et des chemises à carreaux, mais il serait faux de dire qu’on ne ressent pas l’entraide et la gentillesse au sein de cette communauté.

 

L’organisme dans lequel je travaille compte environ 30 employés donc si tu es bon en math, tu comprendras que cela fait 60 bisous par jour (1 bisou à l’arrivée et un autre au départ).

© Photo courtoisie de Philippe Paquette