Sommet humanitaire mondial : entre opportunités et défis

Dans
13 mai 2016
par 
Khoudia Ndiaye, agente de communications

Les 23 et 24 mai prochains, plus de 5 000 participants sont attendus au premier Sommet humanitaire mondial, qui aura lieu à Istanbul, en Turquie. Des chefs d’État et de gouvernement, des représentants des populations touchées par les crises, des dirigeants du secteur privé et d’organisations multilatérales, des représentants de jeunes, de la société civile, des ONG incluant Caritas Internationalis dont Développement et Paix est membre, participeront à cette rencontre qui mettra en avant les cinq responsabilités fondamentales dont la communauté internationale dans son ensemble doit s’acquitter :

  1. Garantir un leadership mondial et une volonté politique fermes pour prévenir et faire cesser les conflits ;
  2. Faire respecter les normes qui protègent l’humanité, notamment le droit international humanitaire et les droits de la personne ;
  3. Ne laisser personne de côté et intervenir en priorité en faveur des populations les plus démunies, notamment en améliorant l’égalité entre les femmes et les hommes, et l’autonomie des femmes et des filles;
  4. Passer de l’aide humanitaire d’urgence à des interventions visant à mettre fin aux besoins, en plaçant les populations au cœur de l’action humanitaire, en renforçant les systèmes locaux et nationaux, et en dépassant le clivage aide humanitaire/développement;
  5. Investir en l’humanité en diversifiant et en optimisant le financement de l’action humanitaire.

Stephen O'Brien, le secrétaire général adjoint des Nations unies aux affaires humanitaires et coordonnateur des secours d’urgence rappelle qu’aujourd’hui, 60 millions de personnes sont déplacées par des conflits armés ou suite à des catastrophes naturelles, et 125 millions de personnes au total ont besoin de secours, soit l’équivalent de plus de trois fois du nombre d’habitants au Canada.


Afin de sensibiliser et de renforcer les connaissances du public avant la tenue du Sommet, le Conseil canadien pour la coopération internationale (CCCI) et huit organisations canadiennes d’aide humanitaire et de développement international ont contribué à une série d'articles sur différents thèmes qui y seront abordés. Tous les deux ou trois jours entre aujourd’hui et l’ouverture du Sommet, un nouvel article sera publié sur le site du Huffington Post présentant un défi auquel doit faire face la communauté internationale. Voici la contribution de Guy Des Aulniers, coordonnateur de l’aide humanitaire à Développement et Paix.

 

Les principes humanitaires : renforcer la cohérence
entre l’aide humanitaire et l’aide au développement


Les principes humanitaires fondamentaux de l’humanisme, de l’impartialité, de la neutralité et de l’indépendance opérationnelle servent à guider les activités des organisations humanitaires au quotidien. De nos jours, ces organismes opèrent dans un environnement hautement complexe, souvent caractérisé par des conflits violents et des violations généralisées des droits de la personne. L’incapacité des acteurs étatiques et non étatiques armés d’observer les règles élémentaires de la guerre et du droit humanitaire — comme la protection des civils et du personnel humanitaire — empêche ces organisations de porter assistance aux personnes qui en ont le plus besoin. Lors de nombreuses crises humanitaires parmi les plus aiguës, les priorités humanitaires ont dû céder le pas aux objectifs de politique étrangère, tandis qu’on alignait les visées militaires, politiques et humanitaires. Cette tendance représente une menace considérable à la livraison impartiale de l’aide humanitaire.

Pourtant, l’adhésion aux principes humanitaires demeure essentielle pour obtenir et maintenir l’accès aux populations affectées en situation de crise, peu importe qu’il s’agisse d’un désastre naturel, d’un conflit armé ou d’une urgence complexe. On a parfois tendance à traiter les principes humanitaires comme des aspirations nobles de portée strictement théorique, mais dans la réalité, ces règles agissent comme un cadre essentiel pour bâtir la confiance et l’acceptation. Bien que l’adhésion à ces principes puisse se révéler insuffisante en soi, il n’en demeure pas moins que l’établissement de liens de confiance reste vital dans les situations en proie aux joutes politiques ou à l’insécurité. Cependant, lorsque les gouvernements, les militaires ou les donateurs cherchent à contourner ou à miner les principes humanitaires, ils peuvent endommager ou détruire le lien de confiance entre les intervenants humanitaires et les bénéficiaires. Dès lors, il peut devenir trop dangereux de porter assistance aux personnes ayant les plus grands besoins.

La prestation de l’aide humanitaire a évolué au fil des ans. À ses débuts, le secteur était généralement dominé par des organismes dotés d’une perspective d’intervention technique. Aujourd’hui, de plus en plus d’organisations mènent à la fois des actions humanitaires et du travail de développement. Cette approche globale favorise la compréhension du terrain et des enjeux et, par conséquent, élargit la portée des interventions. Ainsi, le but de l’action humanitaire dépasse largement la prestation de services techniques, suscitant du même coup un engagement beaucoup plus profond auprès de la population ; il en résulte une forme de solidarité et une présence soutenue qui permettent au personnel humanitaire de témoigner lorsque des responsables négligent de remplir leurs obligations. Pour plusieurs intervenants du secteur, l’aide humanitaire n’a de sens que si elle comporte à la fois des obligations de protection et un engagement à long terme pour lutter contre les causes structurelles de la crise aux côtés des communautés affectées.


Le rôle des organisations confessionnelles

Développement et Paix - Caritas Canada est membre de Caritas Internationalis, une confédération de 165 organisations catholiques œuvrant dans les secteurs de l’aide humanitaire, de la santé, des services sociaux et du développement, et qui ont pour mission de répondre aux besoins humanitaires de toutes et de tous, sans distinction. Présente dans près de 200 pays et territoires du monde, Caritas joue un rôle central dans la mise en œuvre d’interventions humanitaires urgentes et dans la promotion du développement social. En tant que membre de l’Église catholique, Caritas place la personne au cœur de ses initiatives, en vue d’améliorer la vie de collectivités affectées par des crises ou vulnérables à ces dernières.

Pour renforcer l’efficacité de l’aide et la solidarité, nous devons reconnaître, valoriser et appuyer les organisations locales lors d’interventions humanitaires. En effet, ces organisations sont les premières à intervenir en temps de crise, tandis que les établissements religieux constituent souvent le premier lieu de refuge. Dotées d’une grande capacité de mobilisation, les organisations locales mènent leurs interventions dans un esprit de solidarité et de compassion, tout en étant guidées par leur compréhension profonde du contexte local. Paradoxalement, ces premiers répondants sont parfois directement frappés par les événements, se voyant alors imposer des contraintes financières sévères, en plus de subir des traumatismes et des souffrances.

Bien que les disputes à caractère religieux puissent miner le respect et la crédibilité accordés aux organisations confessionnelles, nous demeurons convaincus que ces dernières contribuent de façon essentielle aux besoins des personnes affectées par les conflits. En unissant leurs forces au-delà des croyances, des traditions et des structures, les chefs religieux peuvent influencer les questions de protection et de sécurité, tout en attirant l’attention du monde sur les enjeux qui alimentent les conflits, afin d’en favoriser une meilleure compréhension. Malheureusement, la communauté humanitaire internationale néglige trop souvent de faire appel aux chefs religieux pour protéger les interventions et atténuer les conflits.

Nous aimerions voir le rôle des organisations confessionnelles réaffirmé lors du prochain Sommet mondial sur l’action humanitaire. Nous espérons également que le sommet servira à renforcer la cohérence et la complémentarité des interventions humanitaires et de l’aide au développement, afin de permettre une meilleure atteinte des objectifs de développement, de sécurité et de paix. Un tel renforcement faciliterait également la création de liens entre les actions humanitaires et les autres formes d’intervention, nous permettant ainsi de jeter un nouveau regard sur notre interprétation des valeurs humanitaires.

 

Guy Des Aulniers 
Coordonnateur de l’aide humanitaire à Développement et Paix.

En collaboration avec CAFOD, Trócaire et Caritas Internationalis

 

Développement et Paix mène actuellement des programmes de secours d’urgence dans les pays et territoires suivants : Burkina Faso, Éthiopie, Équateur, Érythrée, Gaza, Irak, Jordanie, Kenya, Liban, Mali, Mauritanie, Népal, Niger, Philippines, Soudan/Darfour, Soudan du Sud, Syrie, Tanzanie, Tchad et Turquie.