Sur la ligne de front de la crise des réfugiés syriens

26 septembre 2013
par 
Kelly Di Domenico, agente de communications

Caritas Liban, avec l'appui de Développement et Paix et du ministère des Affaires étrangères, du Commerce et du Développement (MAECD), fournit des services médicaux indispensables aux réfugiés syriens au Liban. L’organisme opère des cliniques de santé qui offrent des services aux réfugiés qui ne vivent pas dans des camps, un groupe souvent oublié, ainsi qu’à d'autres groupes vulnérables au Liban, comme les familles d'accueil dont les moyens sont affaiblis par les membres ajoutés à leur ménage.

Voici une interview avec Dr Rita Rhayem, chef du service médical de Caritas Liban, qui est sur la ligne de front de cette crise.

Quels sont les problèmes de santé les plus communs que vous voyez dans les cliniques ?

Les cliniques de Caritas accueillent pratiquement tous les cas de malades aigus ou chroniques. Cependant, il est à noter que la plupart des enfants souffrent de problèmes liés à leurs conditions de vie précaire (milieu insalubre, éclairage, aération, eau potable malsaine, drainage des eaux usées, …) tels que les problèmes gastro-intestinaux surtout les maladies diarrhéiques, le retard de croissance, et les problèmes dermatologiques comme la gale et la leishmaniose. 

La plupart des femmes enceintes en fin de grossesse qui viennent dans nos centres pour la première fois n’ont pas été suivies par un gynécologue auparavant et n’ont jamais effectué une échographie.  Il ne faut pas oublier les malades chroniques surtout les diabétiques et les hypertendus pour qui il est impératif de ne pas interrompre le traitement et d’être placés toujours sous surveillance.

Y a-t-il des risques que la santé des réfugiés se détériore ?

Bien sûr, surtout si on s’attend à une augmentation du nombre de refugiés. Déjà le système de santé au Liban fait face à une demande accrue et la plupart des Libanais n’ont pas les moyens financiers d’accéder aux services de santé. Que serait-il donc avec l’augmentation du nombre de réfugiés et en plus la réduction internationale des fonds alloués à l’assistance humanitaire. De plus, les réfugiés se concentrent soit dans des camps, soit ils louent une petite chambre, un garage, un dépôt, etc. où habitent plusieurs familles ; ceci favorise la propagation des maladies transmissibles et pose des défis au niveau de l’hygiène et de l’assainissement. 

Il faut de même se préparer à la saison d’hiver, qui avec le froid et la promiscuité, favorisera les infections et les maladies transmissibles.

Quels sont les plus grands besoins et est-ce que vous voyez certains besoins croître ?

Les services médicaux financés par Développement et Paix et le gouvernement canadien couvrent les soins de santé primaires : soins infirmiers, consultations pédiatriques et gynécologiques, livraison de médicaments, vaccination, etc., mais le besoin d’examens de laboratoires pour le diagnostic et le suivi des maladies va grandissant. De plus, le besoin augmente pour un soutien psychologique et même parfois psychiatrique.

Dans quelle condition les réfugiés arrivent-ils au Liban ?

Un service de psychologie a été lancé au centre de soins primaires à Rayfoun. La psychologue témoigne de cas de dépression majeure, d’anxiété et d’agressivité réactionnelle. Les enfants traumatisés vivent dans une peur constante, ils réagissent intensément au moindre bruit et ont peur d’être laissé seuls. Les médecins notent même une augmentation du nombre de maladies psychosomatiques chez les réfugiés enfants et adultes.

Quel est votre plus grand défi dans votre travail ?

Le plus grand défi est de pouvoir répondre aux besoins croissants des réfugiés tout en continuant à assurer les services quotidiens. Le service médical de Caritas Liban assure l’aide médicale à toutes les personnes sans distinction à travers ses 10 centres de soins de santé primaires et ses 9 cliniques mobiles. En lançant le projet d’assistance médicale pour les réfugiés syriens, l’équipe médicale est sous pression continue. Il arrive des jours ou le nombre de consultations dépasse les 100 personnes toutes catégories confondues. Toutefois, il ne faut pas négliger les cas d’urgences ponctuels auxquels nous devons faire face.

De même, les cliniques mobiles fonctionnent dans des conditions très dures. L’équipe visite tous les jours des régions éloignées dans la plaine de la Bekaa et fait face à l’insécurité routière et à un travail difficile, tout cela dans des conditions climatiques très hasardeuses.

Quel serait l’impact d’une intervention militaire en Syrie sur vos services médicaux ?

Une intervention militaire augmenterait certainement le nombre de réfugiés syriens au Liban mettant ainsi toutes les organisations locales sous pression. Ce serait le cas du service médical de Caritas Liban, surtout dans les centres proches de la frontière. Avec le manque de fonds, il serait impossible de pouvoir continuer à assister les réfugiés.

Tous les jours on fait face à de nouveaux problèmes et toute assistance, surtout médicale, a des répercussions positives sur tout le monde parce que si une épidémie se déclenchait elle atteindrait tout le monde au Liban, sans distinction.

Il est parfois difficile pour les Canadiens de comprendre la situation en Syrie et celles des réfugiés. Quelle serait une chose que vous aimeriez que les Canadiens sachent ?

Le flux de réfugiés syriens a augmenté les problèmes déjà existants aux niveaux économique, social, médical et démographique qui sont exacerbés par la situation politique intérieure instable au Liban.

Nous apprécions grandement le soutien que nous recevons du Canada pour cet important programme.

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