Un dimanche à Bamako

30 avril 2012
par 
Guy Des Aulniers, chargé de programme pour les secours d’urgence

J’ai passé ma première avec Gaston Goro, coordonnateur des urgences, et Mamadou Diakité, comptable, de Caritas Mali. Cette dernière a été la première de la région à lancer un appel à l’aide en prévision de la crise alimentaire, mais la réponse du réseau – et de toute la communauté internationale - fut lente. Ce n’est que maintenant que démarre l’assistance aux millions de personnes dans le pays souffrant des faibles récoltes à la suite des faibles pluies et de la hausse généralisée du prix des denrées. À titre d’exemple, le prix des céréales comme le mil et le sorgho a augmenté de plus de 25 % en 6 mois.

Je sens un peu de frustration. Plus de deux mois que d’un côté on travaille pour boucler le financement avec la CFGB et que de l’autre la population ne cesse de demander quand viendra cette aide. Il y a des inquiétudes car la prochaine saison des pluies rendra très difficile l’accès à des villages reculés. Les catholiques représentent à peine 2 % de la population malienne, mais jouent un rôle important dans les domaines de l’éducation et de la santé, comme c’est souvent le cas.

Il est vrai que le coup d’État du 22 mars et les avancées des différents groupes rebelles au Nord ont retardé les choses. La ville roule au ralenti et les hôtels sont vides. Où je suis logé, nous ne sommes que 5 ou 6 clients – sur 72 chambres. À l’hôtel de l’Amitié, un des plus importants de la ville, 150 personnes ont été mises en chômage technique faute de visiteurs.

Cela étant, Bamako a toutefois changé drastiquement depuis mon dernier passage voilà 15 ans. Il y a de nouveaux quartiers et des bâtiments « à  étages ». La ville est vraiment jolie. Beaucoup de ces investissements ont été fait par la Lybie de Khadafi. On accuse aussi le président et son gouvernement renversés d’avoir détourné l’argent de l’aide et de l’exportation de l’or (le pays est le troisième exportateur d’or en Afrique après le Ghana et l’Afrique du Sud) pour construire des immeubles et acheter des terres à titre privé. Depuis que je suis arrivé, personne n’a d’ailleurs encore pleuré le départ du président ATT et les anecdotes pleuvent sur les débordements de ce régime. Le Mali était pourtant présenté comme un exemple de démocratie. Les élections sont peut être bien organisées, mais il en faut plus pour changer une conception du pouvoir.