Une initiative communautaire permet de recueillir 10 000 $ pour lutter contre l’Ebola en Sierra Leone

7 avril 2015
par 
Janelle Delorme, animatrice régionale pour le Manitoba

La première fois que j’ai entendu parler de la Sierra Leone, je devais avoir 14 ou 15 ans. J’avais lu un article sur les enfants soldats engagés dans la guerre civile. À voir les photos – des enfants avec des armes à feu, drogués et démembrés -, cette guerre n’avait pas du tout l’air « civile ». J’en avais le cœur brisé. Je ne pouvais pas rester là sans rien dire, alors j’ai rédigé un texte pour un projet à l’école. À l’époque, la guerre civile en Sierra Leone ne faisait pas les manchettes et ce n’est que bien des années plus tard que la communauté internationale commencerait à parler des « diamants du conflit ».

Sautons plusieurs années. En décembre 2014, je reçois un coup de fil d’un homme à la voix calme et posée; Allieu Sesay me dit qu’il est le président de l’Association des Sierra-Léonais du Manitoba (SALNAM). Il veut m’inviter à faire un exposé sur le travail de Développement et Paix devant son comité de campagne contre l’Ebola. Le comité est particulièrement curieux de savoir comment Développement et Paix appuie Caritas Sierra Leone pour répondre à la crise de l’Ebola. Évidemment, je suis allée rencontrer le comité de campagne contre l’Ebola de la SALNAM et son président, le Dr Ismail Yumkella, dès le mois de janvier 2015. C’est le début d’une très belle relation avec ce groupe dont les membres n’ont d’autre but que de faire tout ce qu’ils peuvent pour aider les leurs au pays.

Le 20 mars, nous nous sommes retrouvés au Centre de ressources de la SALNAM pour un grand événement. Au terme de longs efforts, SALNAM présentait à Développement et Paix un chèque de 10 000 $. Nous étions réunis pour reconnaître le travail incroyable accompli par la communauté pour recueillir une somme pareille, mais aussi pour rendre hommage aux victimes et se souvenir de ceux et celles qu’elles ont laissés derrière elles. Simeon Ganda a partagé avec nous son poème.

ORPHELINS DE L’EBOLA
Je les regarde avec de grands yeux
Comme je voudrais faire partie de leur bande enjouée
Mais on ne veut pas des gens comme moi
Je pourrais répandre ce dont ils ont peur
Je suis un orphelin de l’Ebola.

Mon père est mort et avec lui, semble-t-il, l’espoir
L’espoir de décrocher un jour un diplôme
Ma mère aussi est morte, avec son amour
Je reste découragé, rejeté, négligé
Un simple orphelin de l’Ebola.

La sœur de mon père me ferme la porte au nez
Le frère de m’a mère m’a jeté à la rue
Vais-je un jour discerner de l’amour?
Sécher un jour les larmes de ma douleur?
Moi, orphelin de l’Ebola.

Je tremble d’évoquer le nom du terrible virus
Sa colère hantera toujours mon esprit
Il a ravagé mon pays, mon village, ma famille
Comme pour briser les espoirs, les désirs et les rêves
Et nous laisser orphelins de l’Ebola.

Nous lançons nos regards et nos cris vers le ciel
De qui attendre de quoi manger, nous vêtir et nous loger?
L’humilité de nos supplications et de nos gémissements
Qui l’écoutera d’une oreille bienveillante
Pour nous aider, nous, les orphelins de l’Ebola?

Mais regardez-moi : je me lève et je le proclame
Nos espoirs et nos rêves n’étaient qu’assoupis
Le venin de votre colère n’arrivera jamais à tuer
L’esprit que nos ancêtres ont engendré en nous
Car tant que la vie sera là, subsistera toujours l’espoir
Pour les orphelins de l’Ebola.

Écrit par:
SIMEON DADDIE JAMES GANDA
Winnipeg, Canada.
Mars 2015

La Sierra Leone aura toujours une place dans mon cœur, que ce soit par le visage d’un enfant soldat ou celui d’un jeune orphelin. Ce que cette communauté m’a appris, c’est que la solidarité ne connaît pas de frontières, de genres, d’identités ethniques ou de religions. Nous formons toutes et tous une seule famille humaine et nous pouvons toutes et tous changer les choses en venant à l’aide de nos sœurs et de nos frères qui ont le plus besoin de nous.