Sécheresse dans la Corne de l’Afrique

Entrevue avec Monseigneur Giorgio Bertin, président de Caritas Somalie, administrateur apostolique de Mogadiscio (Somalie) et évêque de Djibouti

23 septembre 2011

La Somalie est particulièrement touchée par la sécheresse qui sévit présentement dans la Corne de l’Afrique. Les impacts de cette sécheresse sont aggravés par les conflits et l’absence d’un gouvernement légitime en Somalie. Il y a six régions où les communautés souffrent présentement de la faim et nous estimons qu’environ 750 000 personnes risquent d’en mourir. Près d’un million de Somaliens sont maintenant réfugiés dans les pays avoisinants au Kenya, en Éthiopie, au Djibouti et en Érythrée et d’autres continuent leur migration périlleuse vers la frontière somalienne. Lors d’une entrevue avec Développement et Paix, Mgr Giorgio Bertin, président de Caritas Somalie, administrateur apostolique de Mogadiscio (Somalie) et évêque de Djibouti, discute de cette crise complexe.

1. Est-ce que la situation s’améliore pour les Somaliens ?

Disons, oui, parce que le monde entier est en train de démontrer sa solidarité. Par exemple, je suis très sollicité à présenter des projets et à donner des entrevues. Naturellement, pour un bon nombre de personnes, on arrivera trop tard. En plus, on ne peut pas arriver facilement à rejoindre les personnes les plus éloignés des grandes villes du Centre-Sud de la Somalie surtout dans les zones contrôlées par certains groupes armés.

2. Est-ce que Caritas Somalie a la capacité de fournir de l’aide en Somalie de façon sécuritaire. Quelle sorte d’aide ?

Oui, Caritas Somalie peut fournir de l’aide… à son échelle : ce sont des actions relativement petites, surtout si on pense aux agences onusiennes ou à d’autres grandes ONG. Pour ce qui est de la sécurité, nous n’agissons pas directement mais à travers des amis ou associations somaliennes avec lesquelles nous sommes en relation depuis plusieurs années. Pour le moment, on privilégie les secours d’urgences : nourriture, tentes, eau. Toutefois, on a aussi commencé à soutenir des projets de développement : agriculture, préparation de terrain à cultiver, écoles, dispensaires, etc.

3. Pourquoi est-ce que c’est si difficile pour l’aide de se rendre aux communautés touchées ?

Dans le cas de la Somalie du Centre-Sud, la principale difficulté est le manque d’État de gouvernance, d’une autorité reconnue et acceptée; ça fait plus de vingt ans que cette partie de la Somalie vit dans le conflit et l’insécurité. Lors de la chute du régime de Mohamed Siayad Barre, en janvier 1991, le pays a été précipité dans l’anarchie; on a organisé 15 conférences internationales de paix sans résultats évidents ! Voilà selon moi la raison principale pour laquelle il est difficile de rejoindre les populations les plus touchées par la famine.

4. Comment pourrait-on améliorer la situation en Somalie ?

Il faudrait que l’aide humanitaire, absolument nécessaire, soit accompagnée par une vision politique : recréer l’État, aider les Somaliens à se donner une autorité reconnue par la majorité. La communauté internationale et la diaspora somalienne, importante aussi au Canada, a un grand rôle à jouer pour la reconstruction d’un État qui soit au service de tous ses citoyens.

5. Quelle est la meilleure façon pour les Canadiens et Canadiennes d’aider et de montrer leur solidarité envers la population somalienne ?

Ils peuvent venir en aide grâce à leur contribution financière aux différents acteurs humanitaires en Somalie. Compte tenu de l’importante communauté somalienne présente au Canada (et aux États-Unis), pourquoi ne pas les solliciter afin qu’un vrai mouvement pan-somalien se développe dans le monde pour faire renaître le concept de «nation somalienne» en faveur de la renaissance de l’État en Somalie. C’est le concept d’une «patrie» dans laquelle il y a possibilité, pour tous les enfants de cette terre-là, de vivre dans le respect mutuel, dans le partage des ressources, dans la justice et la paix.