Entrer dans la saison de l’Avent

L’Avent est ma saison préférée. C’est une période qui nous appelle à embrasser le calme, l’obscurité de l’hiver et à nourrir la graine des nouveaux départs. Nous observons et attendons que la Lumière du Christ jaillisse dans notre monde, nous nous préparons et nous nous repentons de notre égoïsme négligent, nous choisissons de nous réjouir et de chanter au milieu du chaos et, enfin, nous accueillons le Christ toujours plus pleinement dans nos cœurs. Cet acte d’accueil, à son tour, nous permet de tendre la main et de servir notre monde brisé. Cette riche saison liturgique nous offre l’espoir face au désespoir. Il nous donne la permission de rester immobiles, d’aller en profondeur et de renouer avec l’Emmanuel, Celui qui nous rappelle qu’en toutes choses, Dieu est avec nous.

Cette année, nous avons reçu un cadeau supplémentaire, juste à temps pour l’Avent. En la fête de saint François, le pape François a offert au monde sa nouvelle encyclique, Fratelli Tutti. Nous appelant à redécouvrir la puissance de l’amitié sociale enracinée dans le Christ, le pape François nous laisse beaucoup à réfléchir. C’est pourquoi, cette année, je nous invite à réfléchir sur Fratelli Tutti à la lumière des lectures de l’Avent. Que pouvons-nous découvrir ? Comment l’Écriture et la tradition vivante de l’Église peuvent-elles éclairer nos vies ? Et, comment ces sources peuvent-elles façonner notre travail en tant que Développement et Paix – Caritas Canada ?

Avent 1 : Observer et attendre (Voir)

En cette première semaine de l’Avent, les lectures reflètent le stade avancé de la grossesse de Marie. Les lectures sont pleines de désir, d’aspiration à ce que Dieu se révèle au milieu des ténèbres de notre condition humaine. Nous entendons la complainte séculaire selon laquelle Dieu a caché le visage de Dieu à l’humanité. Mais la lamentation, dans l’Écriture, ne marche jamais seule. La lamentation est toujours associée à l’espoir. Ainsi, nous sommes appelés à vivre dans l’espoir de notre salut, à voir pleinement notre besoin de rédemption et à mettre notre confiance dans l’amour inébranlable de Dieu. De même, le pape François se lamente avec audace sur la rupture que nous constatons dans le monde aujourd’hui. Le premier chapitre de l’encyclique identifie « des nuages sombres au-dessus d’un monde fermé ». D’une économie mondiale qui en laisse trop derrière elle, à un extrémisme et une polarisation croissants, d’un mépris flagrant des droits de l’homme à une prise de conscience qu’il existe véritablement une « troisième guerre mondiale » [qui est] menée au coup par coup » aujourd’hui, le pape nomme le moment tout en proclamant la source de notre espoir. Pour engager le monde, nous devons avoir le courage de le voir clairement, tel qu’il est. En le voyant, nous faisons un choix, un choix d’espérer. Le travail de Développement et Paix suit ce même modèle. À travers les yeux de nos partenaires du Sud, nous voyons de première main les impacts de COVID-19 et nous travaillons à « Se rétablir ensemble« . Nous voyons notre maison commune ravagée et nous travaillons à amplifier les voix de ceux qui sont le plus directement touchés par les changements climatiques. Nous sommes témoins des bouleversements dans la vie des réfugiés et des personnes déplacées et nous choisissons de « Partagez le chemin« . Nous nous lamentons et choisissons l’espoir. En cette première semaine de l’Avent, que voyons-nous ? Qu’est-ce que nous déplorons ? Où découvrons-nous l’espoir ? Comment choisissons-nous d’apporter l’espoir au monde d’aujourd’hui ?

Avent 2 : se préparer et se repentir (Juger)

Cette semaine, Jean-Baptiste entre en scène et nous entendons sa voix crier dans le désert. Nous sommes appelés à préparer le chemin du Seigneur et à redresser ses sentiers. Dans la tradition biblique, nous sommes appelés à nous repentir, à nous retourner, à recalibrer notre GPS spirituel afin que la gloire de Dieu puisse être révélée. Il y a là un élément de jugement. Non pas un jugement oppressif qui pourrait nous diminuer, mais un examen honnête de nos tendances intérieures à nous détourner de Dieu. À notre grande surprise, la réponse à cet examen/jugement n’est jamais une punition mais toujours de la pitié. Le pape François, lui aussi, ancre Fratelli Tutti dans la miséricorde. En réfléchissant à la parabole du bon samaritain, nous sommes appelés à tendre la main, dans un esprit d’amitié sociale, à ceux qui sont aujourd’hui abandonnés sur le bord de la route. Une telle amitié ne permet pas aux frontières de classe ou d’ethnie de nous séparer. Une telle amitié ne nous permet pas de simplement passer à côté. Le jugement existe dans les actions elles-mêmes. C’est le pape François qui le dit le mieux : « Il n’y a plus que deux sortes de personnes : celles qui s’occupent de quelqu’un qui souffre et celles qui passent ; celles qui se penchent pour aider et celles qui regardent ailleurs et se dépêchent de partir. Ici, toutes nos distinctions, étiquettes et masques s’effacent : c’est le moment de vérité. Allons-nous nous pencher pour toucher et guérir les blessures des autres ? Nous pencherons-nous pour aider un autre à se relever ? (FT, 70) Le don de Développement et Paix est que, ensemble, nous pouvons nous pencher pour toucher et guérir les blessures des autres. En tant qu’église vivante, nous pouvons tendre la main et aider les autres à se relever. Nous le faisons sans discrimination, comme le faisait le Samaritain dans l’Évangile. Nous le faisons également sans paternalisme, sachant que le meilleur remède est celui qui permet aux autres de retrouver leur propre autonomie et leur dignité. Alors que nous nous préparons et nous nous repentons pendant cette deuxième semaine de l’Avent, comment allons-nous toucher et guérir les blessures des autres ? Comment aiderons-nous les autres à se relever ?

À suivre