Les changements climatiques : un enjeu de santé publique?

Le 12 février dernier, j’ai eu la chance d’assister à une conférence publique sur les implications de la COP21 pour le Canada et le Québec, organisée par l’Institut de l’environnement, du développement durable et de l’économie circulaire (EDDEC). Je l’admets, j’y suis allée avec quelques idées préconçues. Je m’attendais à ce qu’on présente, encore une fois, les solutions de marché comme étant l’unique réponse à une transition juste vers une économie sobre en carbone. Il est extrêmement difficile de réfléchir à de possibles solutions hors de ce carcan idéologique.  Comment un problème créé essentiellement par le marché et sa recherche de croissance effrénée peut-il être résolu par cette même idéologie ?

Toutefois, j’ai été agréablement surprise par le contenu des discussions. Même si effectivement les questions sur le marché du carbone ont été largement abordées, d’autres pistes ont été présentées dont l’une m’a vraiment intéressé : envisager la lutte contre les changements climatiques sous l’angle de la santé publique. C’est la présentation de Pierre-Olivier Pineau, professeur à HEC Montréal et titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie, qui a suscité mon intérêt lorsqu’il a déclaré que nous devions envisager notre relation au pétrole comme une dépendance.

Imaginez un instant qu’on aborde les questions de la lutte contre les changements climatiques avec la même énergie, créativité, les mêmes ressources, que celles que nous avons mises à lutter contre le tabagisme ? Ceci impliquerait une multiplication des messages de santé publique sur les effets nocifs de notre dépendance au pétrole et autres combustibles fossiles, des photos effarantes sur les impacts des hydrocarbures, des lois prohibitives sur l’usage et le gaspillage de ces énergies, la fin des subventions publiques à ce secteur et l’imposition de taxes élevées sur l’ensemble des combustibles fossiles (pétrole, charbon, etc.) en lieu et place des subventions et autres formes d’appuis financiers pour développer le secteur des hydrocarbures et appuyer le développement d’infrastructures qui faciliteraient leur accès aux marchés internationaux.  Ce serait génial, non?  Peut-être qu’en envisageant notre relation avec le pétrole comme une forme de dépendance nous pourrions enfin mettre un frein à nos émissions de gaz à effet de serre (GES)?

Plus sérieusement, envisager la lutte contre les changements climatiques sous l’angle de la santé publique signifie un retour en force de l’État et de la notion du « bien commun », donc de notre maison commune, dans les différentes stratégies mises en place.  Cela insinue des « régulations » et des « politiques publiques ». Cela pourrait se traduire, comme le suggérait Pierre-Olivier Pineault, par la mise en œuvre d’obstacles législatifs pour limiter l’achat de véhicules VUS (véhicule utilitaire sport) par exemple.

Pour les pays du Sud, considérer les changements climatiques comme une question de santé publique, et non pas uniquement comme un élément de discussion dans la croissance économique du pays, signifie un retour en force de l’État comme régulateur des politiques économiques. Les Philippines, qui souffrent déjà des impacts des changements climatiques, illustrent bien les forces et faiblesses de cette approche. En effet, depuis 2009, le gouvernement des Philippines s’est doté d’un cadre législatif complexe qui va de l’adaptation aux changements climatiques, aux efforts de réduction d’émission de GES, en passant par l’efficacité énergétique ou encore au développement d’énergies renouvelables. De tels objectifs, même pour un pays comme les Philippines, ne seront atteignables qu’avec l’appui technique et financier de pays développés, comme le Canada, pays  qui figurent parmi les plus grands émetteurs de GES au monde.

Envisager notre relation avec le pétrole et plus largement les effets des changements climatiques sous l’angle de la dépendance, et non pas sous l’angle du développement économique, offre une perspective différente qui nous permet d’explorer, de renforcer de nouvelles pistes de solution pour une lutte efficace et cohérente.