Les défis de la paix en République Centrafricaine et ses répercussions dans la région

Stéphane Vinhas est chargé des programmes de secours d’urgences à Développement et Paix. Il dresse ici le portrait alarmant de la situation qui touche la République Centrafricaine (RCA) et son incidence sur les pays de la sous-région et notamment le Tchad.

Que s’est-il passé ces derniers mois en République Centrafricaine ?
La République Centrafricaine vit un conflit chronique qui dure depuis plusieurs années et qui a connu un pic au cours des deux dernières années plongeant le pays dans une suite de pillages et d’exactions. À force d’amalgames, la crise en RCA a pris une tournure confessionnelle inédite entre les factions des Séléka et les anti-balaka. Le pays qui compte 4 millions d’habitants, vit une situation instable et violente malgré la nouvelle donne politique et la présence militaire internationale. S’ajoute à cette situation une crise humanitaire complexe d’envergure avec des besoins dans tous les secteurs (manqué d’accès à la nourriture, à l’eau potable, aux soins de santé, à l’éducation, à l’assainissement, etc).

Quelles ont été les conséquences du conflit sur les pays voisins ?
Sans accès à la mer, la Centrafrique est un pays enclavé entre le Cameroun, le Tchad, le Soudan, le Soudan du Sud, la République démocratique du Congo et la République du Congo. Le conflit politico-militaire a entraîné des vagues de violences contre les populations civiles qui ont dû fuir le territoire centrafricain pour se réfugier dans les pays voisins, dont le Tchad. En avril 2014, 92 382 personnes, dont 12 000 nouveaux réfugiés, ont été recensées au Tchad sur les différents sites d’accueil et de transit. Ces personnes sont composées en majorité des femmes et des enfants.

Quelles sont les actions entreprises par Développement et Paix ? 
Afin de répondre aux besoins des populations civiles, complètement livrées à elles-mêmes, nous avons décidé de renforcer notre appui à Caritas Centrafrique en soutenant des interventions en matière de relance agricole (distribution d’outils, de semences, formation en culture maraichères, etc.) pour enrayer le cycle néfaste d’insécurité alimentaire qui menace le pays. D’autre part des centres de santé et des hôpitaux seront réhabilités et réapprovisionnés en médicaments et en matériel médical essentiels. Enfin, les maisons endommagées ou détruites dans 9 diocèses seront reconstruites. L’été dernier déjà, Développement et Paix avait versé la somme de 50 000 $ à son partenaire pour mettre en œuvre un projet d’aide d’urgence visant à couvrir les besoins fondamentaux des personnes déplacées (distribution de riz, sucre, sel, médicaments…).

En travaillant avec la Caritas nationale, nous arrivons à rejoindre des populations vivant dans des zones reculées et qui ne bénéficient d’aucune aide. D’autre part, notre action vise à soutenir les personnes réfugiées au Tchad, qu’elles soient d’origine tchadienne ou centrafricaine et qui font face à une grande précarité, la recrudescence de maladies, la malnutrition, etc. Le projet mis en œuvre vise à améliorer la situation alimentaire des personnes vulnérables mais aussi de satisfaire leurs besoins en articles non alimentaires (distributions de kits de cuisine, de savon, de semences, etc.) et de renforcer la résilience des personnes les plus affectées par la crise.

De quelle manière peut-on redonner de l’espoir aux populations de cette région ?
La restauration d’un État de droit et d’une administration forte sont nécessaires pour remettre le pays sur la voie de la réconciliation nationale. Mais la paix durable repose aussi et surtout sur les populations locales. Développement et Paix encourage dans ses projets le dialogue intercommunautaire afin de favoriser la coexistence pacifique des différentes communautés de la RCA. Ainsi, un appui est également apporté à la formation de groupes interreligieux de jeunes pour l’édification de la paix dans les 9 diocèses du pays.

C’est grâce à une véritable mobilisation citoyenne que le pays pourra se reconstruire. Cependant, mais ce processus nécessaire prendra inévitablement beaucoup de temps. Pour s’inscrire dans la durée, il faut que l’aide soit dirigée vers les communautés et les organisations locales qui sont les véritables acteurs du changement et sans lesquels le pays ne peut reconstruire son avenir.