Notre programme

Au fil des années

Développement et Paix soutient des projets au Honduras depuis les années 70, où notre travail a commencé avec les missionnaires québécois présents dans le pays. Après l’ouragan Mitch qui a balayé le Honduras en 1998, tuant 7 000 personnes et laissant 1,5 million de personnes sans-abri, Développement et Paix a coordonné un immense effort de reconstruction et travaillé avec des partenaires d’Église afin de favoriser le leadership et une forte participation des citoyens dans ce processus. Le programme a donné lieu à la création de centaines de comités de la société civile travaillant avec l’Église dans les diocèses touchés par l’ouragan, particulièrement dans le sud du pays. Ces comités sont toujours actifs, et, forts de leur expérience passée, ils demeurent des participants clés dans les projets que nous soutenons aujourd’hui.   

Après l’ouragan Mitch, le Canada s’est impliqué fortement dans une initiative très controversée visant à attirer l’investissement étranger dans le secteur minier au Honduras. Plus spécifiquement, le Canada participait à l’élaboration d’une nouvelle loi des mines que les leaders de l’Église ont accusé de « mettre le pays sur un plateau d’argent pour l’offrir aux investisseurs, au détriment de nos communautés, pour rien ». Cette nouvelle loi a pavé la voie à l’arrivée de nombreuses compagnies minières canadiennes dont les opérations ont laissé dans leur sillage la corruption, la destruction environnementale et le déplacement de communautés.

Les projets en cours

Aujourd’hui, les communautés avec lesquelles nous travaillons se battent contre les mégaprojets qui les évincent de leurs terres. Notre succès au Honduras tient essentiellement à notre présence historique dans le pays, et à notre expérience à accompagner des communautés à long terme.

Nos projets en cours font la promotion de la dignité humaine au Honduras :

  • en renforçant les capacités des communautés à utiliser les lois nationales et internationales pour défendre leurs terres contre les mégaprojets, et leurs droits à vivre dans un environnement sain et à produire leur nourriture ;
  • en médiatisant les défenseures et défenseurs de la terre et en défendant leurs droits civils et politiques (voir par exemple l’histoire de Víctor Vásquez) ; 
  • en défendant les droits des femmes et l’égalité entre les genres ;
  • en encourageant et défendant la liberté de presse, une meilleure qualité de la couverture médiatique, et un débat national sain sur les enjeux publics, dont la justice, l’égalité et l’inclusion des communautés marginalisées et discriminées (voir par exemple  l’histoire de Sonia Pérez) ;
  • en combattant l’impunité par des pressions sur les autorités pour qu’elles traduisent en justice les responsables de violations des droits de la personne et divulguent les opérations de corruption qui menacent les droits des communautés pauvres ;
  • en défendant les droits des minorités, dont les peuples autochtones et Garifunas, grâce à l’éducation du public.

Une partie de notre travail au Honduras s’incarne dans le projet Voix sans frontières pour la défense de la vie et du territoire, grâce au financement obtenu dans le cadre du programme Nouveau Québec sans frontières (NQSF) du gouvernement du Québec. Ce projet forme des correspondants communautaires de radios en milieu rural, pour les préparer à faire des reportages sur les questions de droits de la personne, de terres et de territoire.

Les perspectives

Comme le pays est maintenant dirigé par un gouvernement dont les politiques ont été façonnées par les mouvements sociaux et de droits de la personne, nos partenaires peuvent envisager l’avenir avec un certain espoir. Le gouvernement a annulé les nouvelles concessions de mines à ciel ouvert et est déterminé à respecter les lois qui protègent les droits des communautés rurales, y compris les communautés autochtones, à rester sur leurs terres. Il est aussi déterminé à s’attaquer au fléau de la corruption qui a freiné le développement du pays. Il reste quand même de nombreux défis législatifs puisque plusieurs lois désuètes favorisent encore l’élite d’affaires. Il faudra aussi provoquer des changements de comportements si on veut promouvoir les droits de la personne, l’inclusion et le développement dans différents secteurs. Le machisme est encore profondément enraciné, comme la discrimination à l’égard des minorités, dont les communautés autochtones et Garifunas. La violence sexuelle envers les femmes est aussi encore très présente, et il faudra des changements majeurs pour modifier les attitudes fortement enracinées.

Dans ce contexte, Développement et Paix continuera de soutenir les Honduriennes et les Honduriens dans leur combat pour le développement et pour un plus grand respect de leur dignité et de leurs droits.

La situation

Le contexte économique et politique de notre soutien à la population du Honduras

Parmi les 189 pays du Rapport sur le développement humain 2021–2022, le Honduras se classe au 137e rang. Cela signifie que 7 personnes sur 10 y vivent dans la pauvreté, et presque 5 sur 10 dans l’extrême pauvreté. Une telle pauvreté a certainement contribué au fort mouvement migratoire que l’on connaît. Depuis octobre 2018, les migrants ont commencé à se déplacer en caravanes très médiatisées pour diminuer leurs risques. Les transferts de fonds provenant des Honduriennes et Honduriens vivant à l’étranger représentent actuellement 18% du PNB du pays.

Les ouragans Eta et Iota, de catégorie 4, ont frappé les côtes du nord du Honduras en novembre 2020. Les pires catastrophes naturelles à frapper le pays depuis 20 ans, ces ouragans ont causé la mort de 91 personnes et affecté 600 000 familles, dont 56 000 ont été forcées d’aller vivre dans des abris temporaires. On estime que les inondations et la destruction d’infrastructures ont entraîné des dommages de 1,8 million de dollars US, qui s’ajoutent aux graves répercussions économiques de la pandémie de COVID-19, et qui rappellent l’extrême vulnérabilité du Honduras aux impacts des changements climatiques.

En novembre 2021, le Honduras a élu pour la première fois une femme à la tête du pays, la présidente Xiomara de Castro, leader du parti progressiste Libre. Son élection a été célébrée dans la joie par les Honduriennes et les Honduriens qui se sont battus contre les violations des droits de la personne, la corruption et le trafic de drogues sous la présidence de Juan Orlando Hernandez, qui purge actuellement une peine de prison aux États-Unis pour trafic d’armes et de drogues.

Mme Castro est l’héritière du coup d’État de 2009 à l’encontre de son mari, Manuel Zelaya, qui ne peut se représenter pour un second mandat selon la constitution. Le coup d’État de 2009 avait été suivi d’une sévère répression des mouvements sociaux, des organisations de femmes et de droits de la personne ainsi que des médias.  Près de 15 ans plus tard, les institutions sont toujours affaiblies par les pratiques de corruption de l’administration Hernandez, les villes sont rongées par la violence des gangs, et des lois anti-démocratiques étouffent les mouvements sociaux et musellent la presse.

Les plus pauvres ont été affectés directement par les scandales successifs de corruption, dont le détournement de fonds publics destinés aux soins de santé et à la production agricole pour financer des campagnes politiques. L’administration Hernandez a aussi accordé des centaines de concessions de territoires et de ressources naturelles à ses partisans politiques de l’élite d’affaires pour des projets extractifs — coupe de bois, forages gaziers, monocultures d’exportation, secteur minier. Les communautés évincées de leurs terres par de tels projets sont forcées de vivre dans l’indigence, de s’installer dans des zones souvent dangereuses sur le plan environnemental, sans services publics, et de gonfler les rangs des pauvres des villes, où ils deviennent vulnérables face aux gangs criminels.

Le gouvernement Hernandez soutenait vigoureusement les mégaprojets des secteurs miniers, forestiers, d’énergies hydroélectriques et solaires, comme solutions à la pauvreté. Mais ces projets ont plutôt entraîné dans leur sillage des assassinats et des évictions, particulièrement pour les communautés autochtones et Garifunas. Voici quelques exemples :

  • l’assassinat en 2016 d’une leader Lenca, Berta Caceres, qui s’opposait à un projet hydroélectrique ;
  • la disparition, en juillet 2020, de quatre défenseurs de la terre Garifunas, kidnappés par des hommes en uniformes de police ;
  • le meurtre d’une centaine de leaders Tolupanes, un groupe ethnique d’environ 20 000 personnes du nord du Honduras, dans des dossiers de défense des droits de la personne.

Il est encore commun aujourd’hui que les défenseures et défenseurs de l’environnement soient criminalisés sous de fausses accusations par un processus judiciaire biaisé, mis en place par l’ancienne administration.