Elizabeth Garcia Carrillo

Elizabeth Garcia Carrillo

Avocate

Réside à Québec, Québec

Membre depuis 2013

Quand tu es réfugié, tu as fui pour sauver tout ce qu’il te reste : ta vie et celle des tiens.

Je suis arrivée au Canada en 2009 avec toute ma famille. Chaque jour, je me sentais de plus en plus comme une morte vivante. Je n’arrivais pas à dormir en paix, pensant que j’avais agis lâchement en laissant tomber mes proches en Colombie : des organisations de femmes, des afro-descendants, des paysannes et paysans et bien sûr, mon peuple qui est le peuple Arhuaco de la Sierra Nevada de Santa Marta.

J’ai connu Développement et Paix en Colombie, à travers leur appui à des mouvements sociaux. J’ai senti sa présence, nous accompagnant dans plusieurs de nos luttes, mais je ne me suis jamais demandé d’où venait l’argent qui permettait à cette organisation de nous appuyer. Pourquoi ces gens avaient décidé de marcher à nos côtés ?

Lorsque j’ai rejoint le groupe de Développement et Paix à Québec, ma vie a changé. Mon avenir était plus clair. Je me suis dit que par la volonté de Dieu, j’étais appelée à être un pont qui permettait de relier les cœurs au Nord et au Sud.

Je suis aussi avocate. Le droit est pour moi une manière de faire dialoguer les personnes et les communautés qui ont des points de vue différents sur la même réalité et qui n’arrivent pas à se comprendre. Dans ma communauté, j’agis comme médiatrice afin que les personnes nouvellement arrivées se familiarisent avec le système gouvernemental canadien. Nous souhaitons nous intégrer à la société québécoise pour construire le vivre ensemble et éviter que les préjugés gagnent du terrain dans nos vies.

Maintenant que je suis la présidente du Conseil diocésain de Québec, j’ai la chance de parler de ma réalité et de celle de mon peuple et je peux dire aux membres de Développement et Paix que si partager de l’argent est important, partager la solidarité sauve des vies. En fait, je sens que Développement et Paix m’a sauvé la vie !

 

Qu’est-ce que le dialogue pour vous?

Au moyen du dialogue, on peut trouver la vérité. Imaginons que la vérité est un miroir, autour duquel se trouvent plusieurs personnes. Ce miroir a toujours été ancré au mur, et toutes les personnes qui s’y contemplent y voient la même image. Cependant, un jour, le miroir tombe et se brise en plusieurs morceaux. Toutes les personnes qui se trouvaient devant le miroir décident de prendre un morceau. Qu’y voient-elles alors? Est-ce que la personne qui a pris le plus gros morceau détient la plus grande part de la vérité? Est-ce les petits morceaux sont de moindre importance?

Peu importe la grandeur ou la forme du morceau de miroir que chacun tient dans ses mains, tous les morceaux font partie du même miroir, de la même vérité. Il n’existe pas de vérités plus grandes ou plus petites, tout comme il n’existe pas de vérité unique ou absolue. Dialoguer, c’est reconnaître que les morceaux de miroir qu’ont les autres personnes font partie du morceau que je possède. Ce n’est que lorsque tous les morceaux sont réunis que l’on peut retrouver le miroir que nous avons un jour connu. Il faut donc être capable de se reconnaître dans les vérités des autres, dans leur morceau de miroir. C’est ça, dialoguer!